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Applications de transport : le Maroc cherche sa voie

Le débat autour des applications de transport revient au premier plan au Maroc. Entre tensions récurrentes avec les taxis, interventions des autorités et évolution des usages, le secteur se retrouve aujourd’hui à un moment charnière. Par K. A.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 30 Mai 2026 à 10:00
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Applications de transport : le Maroc cherche sa voie

Pendant des années, le dossier des applications de transport est resté dans une zone grise au Maroc. Entre les taxis, les plateformes numériques, les chauffeurs indépendants et les autorités, le secteur évolue dans un climat de tensions permanentes, de vide juridique et parfois même de violence. La récente déclaration du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, remet ce dossier au centre des débats, dans un sujet qui continue d’alimenter les discussions depuis plusieurs années.

Dans une réponse écrite à une question d’un parlementaire sur «l’ouverture du secteur du transport via les applications intelligentes», le ministre affirme que les services du ministère «ont lancé une étude globale sur les moyens de développer ce secteur». Selon lui, cette étude vise notamment à «examiner les modalités de fonctionnement des voitures de transport via applications ainsi qu’à définir les mécanismes capables de développer le secteur et d’améliorer la qualité des services, tout en tirant profit des expériences internationales réussies et en tenant compte des spécificités du marché national».

Le ministre précise également que cette étude porte sur «les possibilités juridiques et réglementaires permettant l’adoption des applications intelligentes dans le transport de personnes», en coordination avec plusieurs institutions concernées, «dans le respect des lois en vigueur et des droits des professionnels et des clients». Cette communication intervient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis plusieurs mois, le secteur connaît une succession de polémiques, d’interpellations et parfois même d’agressions relayées sur les réseaux sociaux. Dans plusieurs villes, des chauffeurs utilisant des applications de transport ont été arrêtés pour exercice illégal de l’activité, tandis que des professionnels du taxi dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale.

Une équation délicate

Le débat autour des VTC ne date pas d’hier au Maroc. Déjà en 2015, l’arrivée d’Uber à Casablanca avait provoqué une forte opposition d’une partie des chauffeurs de taxi. L’entreprise américaine avait finalement quitté le marché marocain en 2018 après plusieurs tensions et incidents sur le terrain, avant de faire son retour en novembre 2025, en partenariat exclusif avec des véhicules de transport agréés. Careem avait suivi une trajectoire similaire avant de réduire progressivement sa présence. Mais malgré ces départs, le phénomène n’a jamais réellement disparu.

Ces dernières années, de nouvelles plateformes comme inDrive ou Yango se sont rapidement installées dans les habitudes d’une partie des usagers, notamment dans les grandes agglomérations. Les applications séduisent par leur simplicité d’utilisation, la géolocalisation, l’estimation du prix ou encore la rapidité du service. Sur le terrain, cette coexistence reste néanmoins extrêmement fragile. Dans certaines villes, les tensions entre taxis et chauffeurs opérant via applications ont donné lieu à des altercations physiques ou encore des poursuites judiciaires. Plusieurs vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux ont récemment relancé le débat autour du vide juridique qui entoure ces activités.

Face à cette situation, le ministère de l’Intérieur rappelle d’ailleurs dans sa réponse que toute activité de transport de personnes, qu’elle soit exercée via des applications ou par d’autres moyens, reste soumise à une autorisation préalable conformément aux lois en vigueur. Le ministre souligne également que certaines entreprises opérant dans ce domaine «encouragent des activités de transport non autorisées», malgré les mises en garde et les procédures engagées à leur encontre.

Le Maroc face au défi de la mobilité numérique

Au-delà du conflit entre taxis et applications, le dossier pose aujourd’hui une question plus large : celle de la modernisation du transport urbain au Maroc. Dans plusieurs métropoles, les difficultés de mobilité deviennent de plus en plus visibles, entre congestion, insuffisance de certaines offres de transport et attentes croissantes des usagers. Le Royaume n’est pas le seul confronté à ce type de tensions. En France, l’arrivée des VTC avait provoqué d’importantes manifestations des taxis avant la mise en place d’un cadre réglementaire spécifique.

En Égypte, Uber et Careem avaient également suscité une forte controverse avant leur intégration progressive dans un cadre légal. Aujourd’hui, les plateformes de mobilité représentent un marché mondial de plusieurs centaines de milliards de dollars. Uber revendique à lui seul plus de 200 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans près de 70 pays. Au Maroc, le dossier dépasse désormais le cadre du transport quotidien.

Avec les investissements liés aux infrastructures urbaines et les préparatifs autour de la Coupe du monde 2030, la question d’une mobilité plus moderne et mieux connectée prend progressivement une nouvelle dimension. Reste désormais à savoir quelle forme prendra cette future régulation. Car derrière le débat entre taxis et applications se joue une question bien plus large que celle du transport de personnes. Entre modernisation des services, équilibres économiques et nouvelles attentes des usagers, le Maroc devra trancher sur le modèle de mobilité qu’il souhaite construire pour ses villes dans les années à venir.

 

 

 

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