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Culture & Société

Affaire Cherkab : retour sur un dossier judiciaire qui secoue le secteur de la santé

Condamné à un an de prison ferme, le professeur Rachid Cherkab se retrouve au cœur d'une affaire qui secoue le secteur de la santé au Maroc. À l'origine, un différend médical autour d'un patient menacé d'amputation, suivi d'accusations de dysfonctionnements au CHU Ibn Rochd de Casablanca.

LRPar La Rédaction
|Publié le 5 Novembre 2026 à 14:39
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Affaire Rachid Cherkab

Un médecin qui affirme avoir sauvé le pied d'un patient, des dénonciations de dysfonctionnements hospitaliers, puis une condamnation à un an de prison ferme. L'affaire Rachid Cherkab, professeur d'anesthésie-réanimation au CHU Ibn Rochd de Casablanca, suscite une vive controverse dans les milieux médicaux, syndicaux et judiciaires.

Pour comprendre les origines de cette affaire, il faut remonter à octobre 2024. À cette époque, un patient hospitalisé risquait, selon le récit du professeur, de subir une amputation du pied. Cherkab aurait alors privilégié une autre prise en charge, permettant au malade de conserver son membre.

Dans une intervention médiatique en novembre 2024, le médecin expliquait avoir décidé d'admettre ce patient en réanimation, estimant que son état nécessitait une intervention adaptée. Cette décision aurait toutefois été contestée par un responsable du service, qui considérait que le malade n'aurait pas dû être admis dans cette unité.

Deux semaines plus tard, le professeur aurait reçu une demande d'explications de l'administration hospitalière. Cet épisode, dont le déroulement médical exact n'a pas été établi de manière indépendante, constitue l'un des points de départ du conflit.

Des dénonciations syndicales aux poursuites judiciaires

Le différend ne s'est pas limité à cette prise en charge. Rachid Cherkab a également dénoncé publiquement ce qu'il considérait comme des dysfonctionnements administratifs et financiers au sein du CHU Ibn Rochd.

Engagé dans des activités syndicales, il a participé à plusieurs mouvements de protestation et adressé des réclamations aux autorités compétentes, réclamant davantage de transparence dans la gestion de l'établissement.

Mais plusieurs médecins ont contesté certaines accusations formulées dans des communiqués syndicaux. Des plaintes ont alors été déposées, notamment pour des faits liés à la diffusion d'informations jugées diffamatoires et à l'utilisation contestée de qualités représentatives au sein d'une organisation syndicale.

Le 21 octobre 2026, le tribunal de première instance d'Aïn Sebaâ a condamné Rachid Cherkab à un an de prison ferme et 5.000 DH d'amende. Abdellatif Seddar, ancien technicien hospitalier, a écopé de deux ans de prison ferme et d'une amende de 5.000 DH. Un troisième prévenu, Mohammed Aït Taleb, a été condamné à six mois de prison ferme et 2.000 DH d'amende.

Les conséquences financières sont également importantes. Le jugement prévoit un million de dirhams de dommages et intérêts au profit de la structure sanitaire territoriale de Casablanca-Settat, venue aux droits du CHU Ibn Rochd. Trois médecins ont également obtenu des indemnisations totalisant 450.000 DH.

Au total, les réparations civiles atteignent 1,45 million de dirhams, à la charge solidaire des prévenus. Ces décisions restent toutefois contestées en appel.

Une incarcération contestée et un procès toujours en cours

La polémique s'est amplifiée lorsque Rachid Cherkab et Abdellatif Seddar ont été placés en détention à l'issue de la procédure de première instance, alors qu'ils comparaissaient auparavant en liberté.

Plusieurs avocats et organisations de défense des droits humains ont contesté cette mesure. Ils dénoncent notamment les conditions dans lesquelles la défense a pu préparer ses arguments et soulèvent la question de la protection des professionnels signalant de possibles irrégularités dans les établissements publics.

Lors de l'audience du 2 novembre, la défense a demandé la remise en liberté provisoire des deux hommes. La Cour d'appel de Casablanca a cependant rejeté cette demande et reporté l'examen de l'affaire au 16 novembre 2026.

Parallèlement, une nouvelle comparution de Rachid Cherkab était annoncée ce jeudi 5 novembre devant le tribunal correctionnel d'Aïn Sebaâ, dans un dossier distinct portant également sur des accusations de diffamation et d'usurpation de qualité.

L'affaire pose désormais une question sensible : comment concilier la liberté de dénoncer d'éventuels dysfonctionnements dans un hôpital public avec la protection de la réputation des professionnels mis en cause ?

Si les soutiens du professeur voient dans cette procédure un risque pour la liberté d'expression syndicale, la juridiction de première instance a retenu des infractions précises liées aux publications et aux qualités revendiquées par les prévenus.

La suite de la procédure d'appel devra déterminer si ces condamnations sont juridiquement fondées. En attendant, le professeur Cherkab reste au centre d'un débat national sur la justice, la gouvernance hospitalière et la protection des personnes qui dénoncent de possibles irrégularités.

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