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Etablissements de paiement : Chasse ouverte sur le terrain bancaire

Etablissements de paiement : Chasse ouverte sur le terrain bancaire

 

- 4 sociétés viennent d’obtenir leur agrément, une autre a reçu un avis favorable

- Cette démultiplication des services va permettre de promouvoir l’inclusion financière.

- Samira Khamlichi, PDG de Wafacash et présidente de l’Association professionnelle des établissements de paiement (APEP), explique pour Finances News Hebdo les enjeux de cette nouvelle configuration du secteur financier.

 

A lire (ou relire) :  2018, année décisive pour le secteur bancaire (entretien Rahhou)

 

Les premiers agréments relatifs aux établissements de paiement viennent d’être délivrés, à l’issue d’une réunion restreinte du Comité des établissements de crédit.

Au total, 4 sésames ont été accordés pour l’instant à Wafacash

(filiale d’Attijariwafa bank), M2T (filiale de la Banque Centrale Populaire), NAPS (filiale de M2M), Cash Plus, et un avis favorable a été décerné à Maymouna Services Financiers, filiale de Saraya Holding (dont le président et principal actionnaire est l’ex-PDG de l’ONA, Mouatassim Belghazi).

 

Samira Khamlichi, PDG de Wafacash

Ces nouveaux opérateurs ne seront cependant opérationnels qu’après la publication de cette décision dans le Bulletin officiel. Rappelons que le cadre réglementaire régissant ces établissements de paiement, qui ont fait leur apparition dans la loi bancaire de 2015, a été finalisé et publié au BO au terme du premier trimestre 2017. S’ils n’ont pas le statut de banque, ils sont néanmoins soumis au même cadre réglementaire que celui appliqué aux établissements bancaires, avec quelques spécificités arrêtées par Bank Al-Maghrib. «Les établissements de paiement sont régis par la loi bancaire 103.12 et les services de paiement regroupent deux activités principales : les opérations de transfert de fonds, qui sont offertes par les opérateurs précédemment agréés par BAM et qui sont au nombre de 10, et les services de paiement adossés à un compte de paiement et qui nécessitent une extension de l’agrément déjà existant», explique Samira Khamlichi, PDG de Wafacash et présidente de l’Association professionnelle des établissements de paiement (APEP).«En parallèle, l’obtention de cet agrément est ouvert à tous les acteurs qui souhaitent se positionner sur le marché des paiements, au même titre que les sociétés de transfert de fonds. L’ensemble des opérateurs agréés par Bank Al-Maghrib deviennent membres de l’Association professionnelle des établissements de paiement (APEP) que nous avons constituée en novembre 2016 et dont j’assure la présidence», ajoute-t-elle.

Pour autant, précise-t-elle, même si «la loi bancaire a doté ces établissements d’un statut propre, dans l’exercice de leurs activités, ils sont néanmoins soumis au même cadre réglementaire que les banques, avec quelques adaptations fixées par la Banque centrale». En cela, leur rayon d’activité reste relativement restreint. «Ainsi, les établissements de paiement ne peuvent offrir que les services suivants : les dépôts et retraits sur les comptes de la clientèle (comptes de paiement), les opérations de transfert de fonds, les opérations de paiement par tout moyen de communication à distance, les prélèvements de paiement, les opérations de paiement par carte et l’exécution de virements», informe Khamlichi.

Sont donc exclues les opérations de paiement par chèque, par lettre de change ou par mandat postal, exclusivement réservées aux banques.

A noter, par ailleurs, que Bank Al-Maghrib a pris soin de plafonner les comptes de paiement à hauteur de 200 dirhams pour les comptes de niveau 1, 5.000 dirhams pour les comptes de niveau 2 et 20.000 dirhams pour les comptes de niveau 3.

 

Sérieux coup de pouce à l’inclusion financière

 

L’entrée en lice de ces nouveaux opérateurs sur le marché permet incontestablement la démultiplication des services financiers. Surtout, comme le souligne Bank Al-Maghrib, «la mise en place de ce nouveau cadre permettra de renforcer l’offre des services de paiements électroniques, de favoriser le développement de services innovants et, partant, de promouvoir davantage l’inclusion financière de la population».

Samira Khamlichi ne dit pas autre chose. «Ce nouveau statut nous permettra d’enrichir notre offre en intégrant notamment des services de paiement digitalisés à forte valeur technologique, d’améliorer le taux de bancarisation à travers l’insertion des populations à faibles revenus dans les circuits financiers formels et de réduire considérablement la circulation du cash», assure-t-elle. Non sans préciser que «cette nouvelle configuration du secteur financier permettra aussi, et surtout, de soutenir l’innovation dans un marché interne et externe en pleine mutation, induisant des évolutions technologiques et comportementales».

 

Fin d'un monopole

 

De quoi inquiéter les banques qui, jusqu’ici, étaient les seuls maîtres à bord concernant cette activité ?

Pas forcément, quand bien même le PDG de CIH Bank, Ahmed Rahhou, reconnaît qu’«avec cette nouveauté, les banques perdent le dernier volet de leur monopole qui est celui de la collecte des dépôts et de la distribution des moyens de paiement généralisés, au profit d’autres émetteurs comme les opérateurs télécoms ou encore des entreprises de transfert de cash».

«C’est un projet qui va démarrer en 2018. Les premières expériences de transferts par le mobile de compte à compte verront le jour dans les prochaines semaines», ajoute-t-il dans un entretien qu’il a récemment accordé à Finances News Hebdo.

D’ailleurs, les majors du système bancaire, à l’instar des Groupes Attijariwafa bank et Banque Centrale Populaire, se sont déjà positionnés dans ce nouveau filon. Leurs filiales respectives, Wafacash et M2T, ajoutent ainsi une nouvelle corde à leur arc, à travers l’élargissement de leurs activités. Pour Wafacash, l’objectif est clair. La société «poursuivra, d’une part, son rôle inclusif en touchant une nouvelle cible de clientèle et en offrant de nouveaux services à valeur ajoutée et, d’autre part, nous continuerons à accompagner le régulateur dans la mise en place de sa stratégie nationale», assure Khamlichi.

«C'est une nouvelle aventure qui va commencer au Maroc; celle-ci va élargir le champ de la concurrence et permettre au consommateur d’être un acteur important du changement», conclut-elle. ■

 

 


Les filiales des banques sont-elles mieux loties ?

Wafacash, avec son réseau de 2.000 agences, va incontestablement bénéficier des synergies avec sa maison-mère, le Groupe Attijariwafa bank. Il en est aussi de même pour la filiale du Groupe Banque Centrale Populaire, M2T, présente sur le marché depuis 2001 et qui opérait essentiellement sur deux créneaux destinés aux entreprises et institutions : les services et les solutions de paiement multicanal sécurisés.

Si les filiales bancaires peuvent effectivement compter sur les synergies développées avec leur maison-mère, il n’en reste pas moins que les autres acteurs du secteur entendent défendre crânement leur chance. C’est le cas notamment de NAPS, la filiale de M2M, premier opérateur indépendant agréé par Bank Al-Maghrib dans le paiement électronique. Surtout, le lancement du m-paiement, l'une des applications majeures de cette nouveauté sectorielle, peut susciter l’intérêt, voire la convoitise de nouveaux opérateurs aux modèles disruptifs qui n’hésiteront pas à investir ce marché. ■


 

 

Par D.W et A.E

 

 

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