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Croissance : un coup de frein temporaire, selon Bank Al-Maghrib

Croissance : un coup de frein temporaire, selon Bank Al-Maghrib

Bank Al-Maghrib revient pour Finances News Hebdo sur le maintien de son taux directeur à 2,25% et sur les difficultés qui freinent les activités non agricoles, tout en soulignant la bonne tenue de la demande intérieure.

 

Par Y. Seddik

Pour la troisième réunion monétaire de cette année, le statu quo était largement attendu. L’ampleur des révisions de Bank Al-Maghrib mérite davantage qu’on s’y arrête, puisqu’en trois mois, la Banque centrale a abaissé de 0,8 point ses prévisions de croissance et d’inflation pour 2026, désormais fixées à 4,4% et 0,7%.

Dans ses réponses à Finances News Hebdo, elle en précise les ressorts et défend une lecture moins dégradée de la conjoncture que ces corrections pourraient le laisser penser. Celles-ci «ne traduisent ni un affaiblissement de la demande intérieure ni un risque de désancrage de l’inflation à la baisse», souligne BAM, qui a maintenu son taux directeur à 2,25%. La Banque centrale précise que les révisions apportées depuis juin «ne traduisent ni un affaiblissement de la demande intérieure ni un risque de désancrage de l’inflation à la baisse».

La baisse de la prévision d’inflation, auparavant fixée à 1,5%, provient principalement du recul plus marqué qu’attendu des prix des produits alimentaires volatils et de l’huile d’olive. Cette dernière a également pesé sur l’inflation sous-jacente, désormais estimée à −0,2% sur l’ensemble de l’année.

Pour BAM, «ces facteurs relèvent de l’offre et revêtent un caractère transitoire». La Banque s’attend ainsi à une remontée de l’inflation à 1,5% en 2027, tandis que sa composante sousjacente atteindrait 2,2%. Elle explique cette évolution par «la dissipation de ces facteurs et […] la persistance de l’inflation importée à un niveau relativement élevé». Les anticipations restent par ailleurs bien ancrées, selon BAM : les experts du secteur financier tablent sur une inflation moyenne de 2,1% à l’horizon de huit trimestres et de 2,2% à celui de douze trimestres. Malgré la faiblesse de l’inflation prévue cette année, le Conseil demeure attentif au risque d’une nouvelle hausse des coûts énergétiques.

«La balance des risques demeure orientée à la hausse pour l’inflation», souligne BAM. Un enlisement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient pourrait entraîner un renchérissement de l’énergie supérieur aux hypothèses retenues, puis sa diffusion aux différentes composantes des prix à la consommation. Concernant la croissance, BAM attribue la révision de 5,2% à 4,4% «entièrement […] à la performance de certaines activités non agricoles, notamment les industries extractives et manufacturières, affectées par les perturbations de l’approvisionnement en intrants importés». Elle y voit, là encore, un choc d’offre qui devrait être temporaire.

Par ailleurs, la demande intérieure conserve en revanche sa vigueur. Elle reste «portée par la dynamique de l’investissement liée aux grands projets d’infrastructure et par la consolidation de la consommation des ménages», indique la Banque centrale.

À l’appui de cette appréciation, BAM relève une progression de 10,1% du crédit bancaire au secteur non financier à fin juillet, pour une hausse attendue de 8,1% sur l’ensemble de l’année. Elle cite également la création de 406.000 emplois en glissement annuel au deuxième trimestre. Le ralentissement des activités non agricoles mérite néanmoins une attention particulière. Alors que la valeur ajoutée agricole devrait rebondir de 16% en 2026, leur rythme de progression reviendrait de 4,5% à 3,1%. Interrogée sur cette décélération, BAM l’explique «essentiellement par l’évolution moins favorable que prévu du secteur secondaire, dans un environnement international marqué par de fortes perturbations des chaînes de production et d’approvisionnement».

Les industries extractives et manufacturières subissent notamment les répercussions des conflits au Moyen-Orient et entre la Russie et l’Ukraine. Ces tensions ont provoqué des difficultés d’accès à certains intrants essentiels et une augmentation de leurs coûts, pénalisant les branches les plus dépendantes des importations. Les autres secteurs résistent mieux. «Les activités tertiaires maintiennent une bonne tenue, soutenues notamment par les services non marchands et par la vigueur du tourisme», précise BAM.

La Banque souligne aussi le dynamisme des secteurs exportateurs à forte valeur ajoutée, en particulier l’automobile et l’aéronautique. La consommation des ménages bénéficie, pour sa part, de la modération de l’inflation et de l’amélioration des revenus agricoles. Pour les prochains trimestres, BAM considère que le ralentissement «revêt un caractère conjoncturel, dans la mesure où il procède principalement de chocs d’offre d’origine externe».

Les activités non agricoles devraient donc retrouver un rythme plus soutenu en 2027, grâce à la normalisation attendue des marchés des matières premières et à la reprise progressive des branches affectées. La poursuite des investissements en infrastructure et la vigueur des exportations industrielles contribueraient également à ce redressement. La Banque assortit toutefois cette prévision d’une réserve explicite en précisant que «cette appréciation reste toutefois entourée d’incertitudes élevées. Les risques pesant sur la croissance demeurent orientés vers la baisse de la croissance». L’activité pourrait ainsi progresser moins fortement que prévu si l’économie mondiale ralentissait davantage ou si la persistance des tensions géopolitiques prolongeait les perturbations des approvisionnements.

 

 

 

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