Appréciation du Dirham face à l'Euro : Les plus et les moins pour l'économie nationale

Appréciation du Dirham face à l'Euro : Les plus et les moins pour l'économie nationale

 

La politique monétaire de la BCE déprécie la monnaie européenne.

La fourchette de variation du Dirham face à l’Euro impacte-t-elle l’économie nationale ? Réponses d’experts.

 

Par Badr Chaou

 

Au cours des derniers mois, le Dirham a tenu tête face à l’Euro. Selon les experts, celui-ci s’est apprécié dans une fourchette entre 0,1% et 0,30%. Une tendance qui s’est d’ailleurs poursuivie à fin novembre. 

Selon Bank Al-Maghrib (BAM), le Dirham s’est renforcé de 0,33% par rapport à l’Euro et s’est déprécié de 0,16% vis-à-vis du Dollar lors de la période allant du 21 au 27 novembre 2019. 

Il est nécessaire de rappeler que lorsque la valeur de la monnaie baisse sur le marché de change, il s’agit de dépréciation, un phénomène causé par plusieurs facteurs économiques, tels le déficit commercial ou l’entrée en récession d’un pays.

Dans le cas contraire, une appréciation d’une monnaie demeure en règle générale en lien avec la capacité d’un pays à produire de la valeur ajoutée. Plus un pays réalise de la croissance plus sa monnaie s’apprécie. 

La dépréciation de l’Euro face à la monnaie nationale pourrait s’expliquer par d’autres facteurs, comme la politique monétaire ancrée du panier d’indexation du Dirham. 

En effet, la Banque centrale marocaine continue de fixer les cours du Dirham sur la base d’un panier représentatif de l’Euro et du Dollar, à raison respectivement de 60% et 40%, avec une bande de fluctuation de 5% (2,5% de chaque sens).

Ainsi, la valeur du Dirham vis-à-vis de l’Euro et du Dollar varie selon l’humeur des marchés des devises, qui sont fortement influencés par la politique monétaire des Banques centrales. Justement, la BCE a poursuivi durant les derniers mois sa politique monétaire accommodante consistant à augmenter la masse monétaire et maintenir des taux bas, voire négatifs, afin de soutenir les économies par la relance du financement à «moindre coût». 

Cette tendance a pour effet de déprécier la monnaie européenne. Selon Yasser Tamsamani, économiste et chercheur affilié à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Sciences Po Paris, «la revue à la baisse des perspectives de croissance en zone Euro et le climat déflationniste qui y règne avec un taux d’inflation toujours inférieur à sa cible de 2% ont poussé la BCE à reconduire son programme d'achat des titres à raison de 20 milliards d'euros par mois à partir du 1er novembre 2019. Cette politique de quantitative Easing tire mécaniquement la valeur de l’Euro vers le bas. Mais, une fois que cet effet mécanique sera passé, l'évolution de l'Euro serait à l'appréciation, étant donné le solde positif de la balance courante de la zone».

 

Pas d’impact sur les échanges commerciaux 

Généralement, quand une monnaie se déprécie, cela va au service de la compétitivité du commerce extérieur. Par exemple, lorsque le taux de change de l’Euro se déprécie, le prix des produits européens baisse pour les étrangers et coûtent moins chers, soutenant de la sorte les exportations et donc la croissance. Au même moment, quand il se déprécie, les produits importés deviennent plus coûteux. 

Peut-on donc s’attendre à un impact sur les échanges commerciaux dans le cas du Maroc ? Selon un expert, «il n’y aurait aucun impact majeur sur les exportations marocaines du fait que l’appréciation du Dirham demeure très faible, à 0,4% au grand maximum. En règle générale, l’impact sur l’économie commence à se sentir à partir d’une fluctuation de 10%».

Ajoutons à cela le fait que l’élasticité prix au commerce extérieur est très faible. Selon Yasser Tamsamani, «les exportations marocaines sont généralement peu sensibles à la variation des prix. Elles se constituent principalement des produits de base tels les produits agricoles ou agroalimentaires dont la sensibilité de la demande aux variations des prix devrait être très faible». Et d’ajouter : «Il n’y aurait aucun impact majeur sur le commerce extérieur du Maroc, car d'une part, la perte de compétitivité face aux produits européens est compensée en partie par les gains de compétitivité vis-à-vis des produits libellés en Dollar, et d'autre part, il s'agit d'un effet transitoire qui n'est pas en mesure d’altérer les comportements des agents aussi bien au niveau des exportateurs marocains que des consommateurs européens». 

En effet, la politique monétaire de la FED avec des taux qui restent non alignés sur ceux de la BCE renforce le Dollar face à l’Euro et, par effet mécanique, face au Dirham. 

 

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