Diplomatie: Macron et Séjourné évitent de parler du Maghreb

Diplomatie: Macron et Séjourné évitent de parler du Maghreb

C'est un silence assourdissant, celui qu’observe actuellement et le président de la République, Emmanuel Macron, et son nouveau ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné. Les deux ont eu de longues sorties médiatiques, et les deux se sont abstenus d’évoquer la très problématique relation qu’entretient actuellement la France avec les pays du Maghreb. Le premier avait tenu une longue conférence de presse, la seconde du genre depuis son arrivée à l’Elysée, où il avait fait un tour du monde de la perception française des crises et des guerres régionales, mais pas un seul mot, pas une seule allusion à la relation France-Maghreb. Le second, Stéphane Séjourné, avait accordé sa première longue interview au journal Le Parisien, depuis qu’il s’est installé au Quai d’Orsay, où il avait évoqué de nombreuses questions, y compris sa dyslexie à l’origine de certaines de ses défaillances linguistiques, mais sans aucun mot sur sa perception de la relation France-Maghreb et de la manière avec laquelle il compte la traiter. Que ces deux têtes de l’exécutif français, le président et le ministre des Affaires étrangères observent une forme d’abstinence médiatique sur le Maghreb interpelle et soulève de nombreuses interrogations. La relation entre la France et ces pays d’Afrique du Nord n’est ni stable ni apaisée. La plus éclatante des preuves est l’incapacité du président Macron à envisager une visite d’Etat au Maroc, doublée d’une impossibilité chronique pour le même Emmanuel Macron de recevoir le président algérien Abdelmajid Tebboune. Ce silence parlant ne peut s’expliquer que par deux argumentaires. Le premier est une dénégation officielle de l’existence d’une quelconque crise dans les relations entre la France et les pays du Maghreb, et que la séquence difficile qu’elles traversent fait naturellement partie d’un parcours normal, certes difficile, mais pas jusqu’à le qualifier de crise qui mérite qu’on la prenne à bras-lecorps. Le second est à l’opposé du premier. Celui d’une prise de conscience que les enjeux et les risques de rupture avec cette région vitale pour la France et l’Europe sont tellement importants et cruciaux qu’il est difficile d’improviser une nouvelle vision en quelques jours, et qu’en l’absence d’une politique cohérente et efficace, il vaut mieux s’abstenir de communiquer sur de l’incertain, voire du vide. Le silence de Stéphane Séjourné est beaucoup plus incompréhensible que celui de Macron. Et ce, à cause de son passif avec cette région. Séjourné, en tant que président du groupe Renew, était la cheville ouvrière assumée d’une violente campagne au sein du Parlement européen contre le Maroc. Il avait fait voter deux résolutions, certes non contraignantes, condamnant le Maroc, à la grande joie du régime algérien. Cet état de fait n’est pas anodin dans le pedigree d’un ministre des Affaires étrangères destiné à gérer dans l’immédiat une relation difficile, voire problématique entre la France et ces pays du Maghreb. Que Stéphane Séjourné évite de dire un mot sur cette situation alors qu’il a survolé la plupart des crises de la planète en dit, sans doute long, sur l’embarras de la diplomatie française à produire aujourd’hui une vision efficiente, qui la sortirait de la zone grise qui consiste à tenter de satisfaire tout le monde sans contenter personne. 

 

Par Mustapha Tossa journaliste et politologue

 

 

 

 

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