Islam – Immigration : le carburant du débat politique français !

Islam – Immigration : le carburant du débat politique français !

L'observateur étranger qui suit les débats politiques français à travers les médias classiques ou les réseaux sociaux ne peut s’empêcher de faire ce constat : l’unique excitation collective qui fixe l’attention et organise la réflexion nationale tourne toujours autour de l’immigration et son corollaire l’Islam. Ces deux sujets sont devenus la colonne vertébrale du débat et des problématiques qui sculptent les réputations et les destins politiques.

Dans un passé récent, quand un magazine hebdomadaire qui a pignon sur rue sent qu’il a besoin de booster ses ventes, il fabrique une Une anxiogène sur l’immigration ou l’islam. Quand un homme politique a envie de se faire remarquer, il produit une punchline sur l’immigration et l’islam. L’effet marketing et popularité est garanti. Quand un parti politique aspire à élargir son influence et sa visibilité, il investit dans l’invective contre les immigrés. Le filon est si précieux et si prometteur que des groupes de médias entiers se sont spécialisés dans ce créneau. Le groupe de Vincent Bolloré (propriétaire de Canal+, CNews, C8, Europe 1…) est devenu l’archétype de ces machines médiatiques qui ont fait de l’immigration et de l’islam le principal fonds de commerce, à tel point que si par malheur pour eux, bonheur pour les autres, il leur est interdit d’évoquer ces sujets, ils deviendraient mutiques et très peu attrayants.

C’est à cette concentration d’attentions sur des angoisses identitaires que sous-entend la fixation sur des sujets d’immigration et d’islam qu’on doit la fortune politique actuelle de l’extrême droite dont on annonce des performances inédites lors des prochaines élections européennes et présidentielles. Des partis politiques comme le Rassemblement National de Marine Le Pen et Jordan Bardella, ou Reconquête d’Eric Zemmour et de Marion Maréchal, ont trouvé leurs vocations : souffler au quotidien les peurs et les angoisses. Une forme de compétition s’est installée entre eux pour voir qui pourra sortir la meilleure attaque xénophobe. Marion Maréchal s’est récemment distinguée du lot en qualifiant le mois sacré du Ramadan de «Sharia alimentaire».

La polémique autour de l’immigration et de l’islam est même devenue un marqueur de distinction entre les partis politiques. Il n’est plus question de savoir si tel parti est pour la liberté d’entreprendre et que tel autre milite pour l’Etat-providence, que tel parti est pour une politique douanière protectrice et que l’autre est pour une libéralisation totale des prix, que tel parti est pour une défense assidue du service public et que l’autre est pour une privatisation forcée de tous les outils de production. Non, le vrai marqueur est de savoir si le parti est obsédé par des angoisses identitaires, et donc de considérer toute forme d’interaction avec l’étranger comme un danger identitaire ou, au contraire, si ce parti le perçoit comme un élément d’enrichissement dont il faut encourager l’intégration. Cette ligne de fracture a produit le concept de l’islamo-gauchisme brandi par l’extrême droite comme le danger ultime pour l’identité nationale.

Signe des temps et des modes de pensée, l’extrême droite a trouvé dans l’immigration et l’islam le ferment idéologique nécessaire à sa stratégie de séduction et de mobilisation. Une fois expurgée de ces préoccupations, cette extrême droite n’a plus rien de pertinent à dire aux Français. Dommage collatéral de ces choix, les autres partis dits traditionnels, qu’ils soient de la droite républicaine ou de la majorité présidentielle, se trouvent dans l’obligation de radicaliser leurs perceptions de ces questions d’immigration et d’islam pour ne pas laisser à l’extrême droite le monopole de la préoccupation identitaire.

D’où le récent vote de la loi sur l’immigration, porteuse de nombreux excès, même si en fin de compte ils ont été censurés par le Conseil constitutionnel. Parfois, quand l’islam est mélangé à l’immigration et qu’il produit des attentats terroristes comme cela a été le cas ces dernières années en France, ce phénomène participe fortement à centraliser le débat politique autour des seules questions identitaires et sécuritaires. Cette situation est favorable aux forces politiques qui ont fait du credo «ImmigrationIslam-Terrorisme» leur argument de vente et d’existence politique. Et c’est ce qui explique aujourd’hui pour quelles raisons l’extrême droite et son idéologie xénophobe s’installent confortablement dans les opinions sans possibilité pour aucune autre force politique, de gauche et encore moins de droite, de l’en déloger. 

 

 

Par Mustapha Tossa journaliste et politologue

 

 

 

 

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