En 2025, la blockchain ne relève plus du champ expérimental. Elle s’impose comme une infrastructure numérique globale, au cœur des transformations de la finance, des paiements et de l’économie des données.
Par K. A.
A l’échelle internationale, le marché mondial de la blockchain atteint près de 57,6 milliards de dollars, tandis que la capitalisation totale des cryptoactifs dépasse les 4.000 milliards de dollars. Plus de 716 millions de personnes détiennent aujourd’hui des cryptomonnaies dans le monde, avec une base estimée entre 40 et 70 millions d’utilisateurs actifs.
Ces chiffres traduisent moins un engouement spéculatif qu’un changement de nature des usages. La dynamique se lit également à travers les flux régionaux. L’Asie-Pacifique affiche une progression annuelle proche de 69% de l’activité on-chain, tandis que l’Amérique du Nord et l’Europe concentrent l’essentiel des volumes mondiaux, avec respectivement plus de 2.200 milliards et 2.600 milliards de dollars de transactions.
Cette montée en puissance s’accompagne d’une institutionnalisation rapide : plus de 51 milliards de dollars de cryptoactifs se trouvent désormais sous garde, et près de 17% des licornes mondiales évoluent directement dans l’écosystème blockchain et crypto. Des usages qui prennent le pas sur la spéculation Dans ce contexte mondial en mutation, le Maroc s’inscrit comme un acteur émergent.
Classé autour de la 58ème place mondiale en matière d’adoption des cryptomonnaies, le Royaume figure parmi les pays africains les plus dynamiques sur ce segment. Plusieurs études le positionnent également parmi les marchés les plus avancés de la région MENA en termes de connaissance des cryptos, av ec une forte appétence observée chez les jeunes générations. Dans un pays marqué par l’importance des transferts de fonds, des paiements transfrontaliers et de l’économie informelle, la blockchain apparaît d’abord comme une technologie d’usage, bien avant de devenir un produit financier sophistiqué. Cette trajectoire s’insère dans une évolution plus large des pratiques internationales.
Aux États-Unis, près de 4,9 millions d’adultes utilisent déjà les cryptomonnaies comme moyen de paiement. Les stablecoins, désormais mieux encadrés dans plusieurs juridictions, s’imposent progressivement comme des instruments de règlement plutôt que comme des actifs spéculatifs. Parallèlement, la tokenisation d’actifs réels, qu’il s’agisse de titres financiers, de biens immobiliers ou d’actifs liés à l’énergie, gagne du terrain et rapproche les marchés traditionnels des infrastructures blockchain. Selon plusieurs experts du secteur, cette phase marque une rupture nette avec les cycles précédents.
«La blockchain entre dans une phase de normalisation. Elle devient un outil d’infrastructure, comparable aux réseaux de paiement ou aux systèmes de gestion de données, et non plus un simple support de spéculation», estime Yassine Mdeghri, expert en transformation numérique. Pour lui, la valeur de la blockchain réside désormais dans sa capacité à réduire les coûts, renforcer la confiance et automatiser des processus à grande échelle.
Au Maroc, cette évolution se heurte toutefois à un environnement réglementaire encore en construction. Si l’adoption progresse rapidement, la clarté du cadre juridique demeure limitée, le pays se situant autour de la 72ème place mondiale sur ce critère. Cette situation reflète un équilibre délicat entre prudence institutionnelle et réalité des usages. «Le véritable risque consiste moins à voir la blockchain se développer que de la laisser prospérer durablement en dehors d’un cadre formel», analyse Mdeghri.
«Aujourd’hui, la vraie bascule se joue à la croisée de la blockchain et de l’intelligence artificielle. L’IA a besoin de confiance, de traçabilité et de règles claires. La blockchain apporte précisément cela. Elle permet de savoir d’où viennent les données, comment les modèles ont été construits et sur quelles bases les décisions sont prises. Pour des pays émergents comme le Maroc, cette convergence ouvre des opportunités très concrètes, notamment dans l’énergie, l’éducation et les services numériques», explique Mdeghri.
Début 2026, le temps de l’observation touche à sa fin. La blockchain a dépassé le stade de l’expérimentation, y compris au Maroc. L’enjeu n’est plus de savoir si cette technologie trouvera sa place, mais comment elle sera intégrée, encadrée et exploitée. Pour le Maroc, le prochain cycle s’annonce décisif : transformer une adoption portée par les usages en projets économiques concrets, capables de créer de la valeur locale, de structurer un écosystème et de se positionner dans la nouvelle carte mondiale des infrastructures numériques.