AI Made in Morocco : la troisième voie défendue par Amal El Fallah Seghrouchni

AI Made in Morocco : la troisième voie défendue par Amal El Fallah Seghrouchni

Le Maroc accélère sa mutation numérique avec l’ambition de devenir, d'ici 2030, un hub technologique régional et un producteur de solutions numériques souveraines. Dans cet entretien, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'Administration, détaille les fondements de cette stratégie, les investissements dans les infrastructures, l'intelligence artificielle, les talents et la cybersécurité, tout en défendant une vision marocaine de l'innovation fondée sur la souveraineté, la confiance et l'ouverture sur l'Afrique.

 

Propos recueillis par D. William

Finances News Hebdo : Sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc a accéléré sa transformation numérique. Quel bilan dressez-vous aujourd'hui des principales avancées réalisées et des chantiers qui restent à mener ?

Amal El Fallah Seghrouchni : Sous la Vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc a engagé une transformation numérique profonde qui constitue aujourd'hui un véritable levier de modernisation de l'État, de compétitivité économique et d'amélioration du service public. Ces dernières années, nous avons franchi des étapes importantes en posant les fondations d'un écosystème numérique robuste, souverain et inclusif. Les avancées sont aujourd'hui tangibles. Nous avons considérablement accéléré la digitalisation des services publics, avec plus de 2.458 actes administratifs publiés sur le portail Idarati, couvrant plus de 120 administrations. Parallèlement, nous avons engagé des investissements structurants dans les infrastructures numériques. Le portefeuille national de data centers permettra d'atteindre une capacité d'environ 1 GW à l'horizon 2030, avec notamment un méga-campus de data centers verts à Dakhla, un data center souverain à Rabat dédié aux administrations et à l'intelligence artificielle, ainsi que l'ouverture, en 2026, de la première région Oracle Cloud Infrastructure en Afrique du Nord.

Ces projets renforcent notre souveraineté numérique et créent les conditions nécessaires au développement d'une économie fondée sur la donnée et l'innovation. Nous investissons également dans le capital humain, l'innovation et l'intelligence artificielle. À travers la stratégie Maroc Digital 2030 et la feuille de route Maroc IA 2030, nous ambitionnons de créer 240.000 emplois directs, de générer 100 milliards de dirhams de valeur additionnelle pour notre économie, de faire émerger 3.000 startups et une à deux licornes. Cette dynamique s'appuie notamment sur le réseau des JAZARI Institutes, conçu pour développer des compétences, accompagner l'innovation territoriale et produire des solutions technologiques adaptées aux besoins du Royaume. Elle s'appuie également sur un effort sans précédent en matière de formation initiale, de recherche, de formation continue et d'accompagnement des talents, avec l'ambition de former 100.000 talents numériques par an d'ici 2030, afin que cette transformation repose durablement sur les compétences nationales.

Les chantiers qui restent à mener sont tout aussi ambitieux. La souveraineté numérique ne consiste pas uniquement à utiliser les technologies; elle repose sur notre capacité à maîtriser les briques critiques - les données, le cloud, les infrastructures, les capacités de calcul, les modèles d'intelligence artificielle et les compétences - afin de conserver notre autonomie de décision. Nos choix technologiques doivent rester alignés avec nos intérêts stratégiques, notre cadre juridique, nos valeurs et les besoins de nos citoyens. C'est dans cet esprit que nous avons lancé la feuille de route «AI Made in Morocco», une troisième voie fondée sur une intelligence artificielle frugale, inclusive et responsable, développée au Maroc, pour le Maroc, et ouverte sur l'Afrique. Cette approche est aujourd'hui portée par le projet de loi Digital X.0, le Framework national d'IA responsable élaboré avec nos partenaires institutionnels, ainsi que par le développement de modèles intégrant nos langues, notre culture et notre identité numérique. Enfin, notre ambition est de construire une administration plus agile et plus proche des citoyens. Avec Administration X.0 et la future méta-application IDARATI X.0, nous voulons offrir un accès simple, unifié et personnalisé aux services publics. L'objectif n'est pas seulement de numériser les procédures, mais de transformer durablement la relation entre l'administration et le citoyen.

 

F. N. H. : La stratégie «Maroc Digital 2030» ambitionne de faire du Royaume un hub numérique régional. Quels sont les leviers qui permettront d'atteindre cet objectif et quels indicateurs suivrez-vous pour mesurer son succès ?

A.E.F.S. : Faire du Maroc un hub numérique régional consiste à bâtir un écosystème complet, capable d'innover, de produire, de former des talents et d'exporter des solutions numériques à forte valeur ajoutée, en particulier vers l'Afrique et le monde arabe. Pour y parvenir, notre stratégie repose sur plusieurs leviers complémentaires. Le premier est le développement d'une économie numérique compétitive, conformément aux objectifs de la stratégie Maroc Digital 2030 cités plus haut. Nous soutenons déjà cette dynamique à travers un ensemble de dispositifs mobilisant plus de 1,3 milliard de dirhams en faveur des startups et de l'innovation.

Le deuxième levier est celui des infrastructures numériques souveraines. Nous investissons massivement dans les data centers, le cloud et les capacités de calcul afin de garantir notre autonomie technologique. Cette stratégie est complétée par notre feuille de route Cloud 2025-2030, fondée sur une approche Cloud First, un Cloud Center of Excellence et un Observatoire national du cloud. Le troisième levier est celui de la donnée et de l'intelligence artificielle. Nous développons une gouvernance nationale de la donnée, renforçons l'interopérabilité des systèmes publics et mettons en place des socles communs permettant une administration plus simple, plus rapide et plus efficace. Dans le même temps, nous portons la vision «AI Made in Morocco», adaptée à nos langues, à notre culture et à nos priorités nationales. Nous développons déjà des cas d'usage concrets dans des secteurs stratégiques tels que l'Administration, la santé, l'agriculture, la justice, l'éducation, la cybersécurité ou encore la gestion de l'eau. Le quatrième levier est celui des talents, qui constituent notre principal avantage compétitif à long terme.

Notre ambition est de former 100.000 talents numériques par an d'ici 2030. Les résultats sont déjà encourageants : plus de 22.700 étudiants sont inscrits dans les filières numériques, 549 filières sont désormais accréditées, dont 416 nouvelles, 350 bourses doctorales ont été attribuées entre 2024 et 2026, tandis que de nouveaux programmes de formation bénéficient à des centaines de milliers de jeunes dans toutes les régions du Royaume. Nous développons également des dispositifs d'accompagnement vers l'emploi, de certification, de recherche, d'innovation ouverte et de soutien à la transformation numérique des TPME, afin que ces compétences répondent directement aux besoins de l'économie nationale. Enfin, nous accordons une importance particulière à la cybersécurité, qui constitue aujourd'hui une condition essentielle de la confiance numérique. Le Centre d'innovation en cybersécurité, créé avec le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation (MESRSI) et la DGSSI, ainsi que le rôle du Maroc au sein du Réseau africain des autorités de cybersécurité, illustrent notre volonté de renforcer la résilience numérique à l'échelle nationale et continentale. Le succès de Maroc Digital 2030 sera mesuré à travers des indicateurs économiques, technologiques et sociétaux.

Bien entendu, nous suivrons les objectifs chiffrés de création d'emplois, de contribution au PIB, de développement des startups et de formation des talents. Nous accorderons également une attention particulière au niveau d'adoption des compétences numériques par les administrations, les entreprises et les citoyens, ainsi qu'à la capacité de nos jeunes talents à transformer leurs compétences en projets, en innovations et en entreprises créatrices de valeur. Mais au-delà des chiffres, notre véritable indicateur sera la capacité du Maroc à devenir un producteur de technologies, à protéger ses données stratégiques, à développer des solutions d'intelligence artificielle souveraines, à moderniser durablement ses services publics et à exporter son expertise numérique vers l'Afrique et le monde arabe. Notre ambition est qu'à l'horizon 2030, le Maroc soit reconnu non seulement comme un marché numérique dynamique, mais comme un acteur de référence capable de concevoir, développer et diffuser des solutions numériques souveraines, responsables et créatrices de valeur, au service de ses citoyens et de l'ensemble du continent africain.

 

F. N. H. : La digitalisation de l'administration est souvent présentée comme un facteur de compétitivité économique. Comment comptez-vous accélérer la simplification des procédures administratives pour les entreprises et les investisseurs ?

A.E.F.S. : La simplification administrative est aujourd'hui un levier majeur de compétitivité. Chaque procédure simplifiée, chaque délai réduit et chaque déplacement évité représentent un gain concret pour les citoyens, mais aussi pour les entreprises et les investisseurs. Notre ambition est de faire évoluer l'administration d'une logique de procédures vers une logique de services, où l'administration s'adapte aux besoins des usagers et non l'inverse. Pour atteindre cet objectif, nous agissons simultanément sur trois axes. Le premier consiste à accompagner les administrations dans la simplification et la numérisation des parcours usagers. Au-delà de la digitalisation, nous repensons les procédures elles-mêmes. Le ministère met à la disposition des administrations un accompagnement méthodologique et technique ainsi qu'un guide national de simplification et de digitalisation des parcours. Les premiers projets pilotes ont déjà permis de réduire jusqu'à 45% du nombre de documents demandés, démontrant que la simplification constitue le préalable indispensable à une transformation numérique réussie. Le deuxième axe porte sur la construction d'un écosystème numérique unifié. Nous développons des plateformes communes qui offrent une expérience plus fluide et plus cohérente aux citoyens comme aux opérateurs économiques. Le référentiel national des services publics numériques recense aujourd'hui plus de 600 services numériques, dont plus de 120 sont déjà pleinement conformes aux exigences de protection des données personnelles et de cybersécurité prévues par les lois 09-08 et 05-20.

Nous poursuivons également le développement de IDARATI, qui constitue le socle de notre vision Administration X.0. Cette plateforme évoluera vers une méta-application offrant un accès unique, intelligent et personnalisé aux services publics. Elle s'appuiera sur un modèle unifié des procédures administratives, un chatbot intelligent capable d'accompagner les usagers, ainsi qu'un wallet national numérique permettant un accès sécurisé et simplifié aux services de l'administration. Un premier projet pilote couvrant plus de 400 procédures prioritaires a déjà été réalisé. Le troisième axe concerne le cadre juridique et technologique. Nous finalisons actuellement un projet de loi sur la digitalisation des services administratifs, qui vise à renforcer l'interopérabilité entre les administrations, à encadrer l'utilisation de l'intelligence artificielle dans les services publics et à garantir un niveau élevé de protection des données. En parallèle, la plateforme JAZARI ROOT mobilisera les capacités nationales en intelligence artificielle afin d'accélérer la transformation numérique de l'administration et de développer des solutions innovantes conçues au Maroc, pour les besoins du Maroc. Notre démarche repose également sur une conviction forte : le numérique évolue très rapidement, alors que l'Administration doit préserver la sécurité juridique, la continuité du service public et la confiance des citoyens.

C'est pourquoi nous avançons sur deux niveaux complémentaires : nous consolidons des fondations durables - infrastructures, cloud, gouvernance de la donnée et interopérabilité -, tout en accélérant le développement des usages et des services. Cette transformation produit déjà des résultats concrets. Le portail Idarati publie aujourd'hui plus de 2.458 actes administratifs couvrant plus de 120 administrations. Le Bureau d'ordre numérique relie désormais plus de 1.130 entités publiques contre seulement 30 en 2021. Au-delà des outils numériques, notre objectif est de créer un environnement où les démarches administratives deviennent plus simples, plus rapides et plus prévisibles. C'est un facteur déterminant pour améliorer le climat des affaires, renforcer l'attractivité du Maroc auprès des investisseurs et accompagner durablement la compétitivité de notre économie.

 

F. N. H. : L’intelligence artificielle bouleverse les modèles économiques à travers le monde. Comment le Maroc entend-il se positionner dans cette nouvelle course technologique tout en développant des solutions adaptées à ses priorités nationales ?

A.E.F.S. : Le Maroc n’a pas à choisir entre s’inspirer des avancées internationales et construire son propre modèle. Notre ambition est précisément de faire les deux : rester pleinement alignés sur les standards mondiaux, tout en développant une trajectoire adaptée à nos priorités nationales, à notre tissu économique, à nos réalités territoriales, à nos langues et à notre cadre juridique. C’est le sens de la «troisième voie» que nous portons. Elle se situe entre deux écueils : d’un côté, une dépendance excessive aux grandes plateformes technologiques mondiales, qui réduirait le Royaume à un simple consommateur d’innovation; de l’autre, une approche trop restrictive qui risquerait de freiner l’investissement, la recherche et l’expérimentation. Notre choix est celui d’une intelligence artificielle frugale, inclusive, responsable et souveraine, mise au service du développement économique, de la modernisation de l’administration et de l’amélioration de la vie quotidienne des citoyens. Notre positionnement repose d’abord sur l’intelligence artificielle appliquée. Le Maroc doit concentrer ses efforts sur des modèles spécialisés et des cas d’usage concrets dans des secteurs où il dispose de besoins forts et d’avantages comparatifs : l’Administration, la santé, l’agriculture intelligente, l’éducation, la gestion de l’eau, la mobilité, la cybersécurité, les villes intelligentes, les technologies juridiques, ainsi que les langues et les contextes locaux.

C’est sur ces verticales à forte valeur ajoutée que nous pourrons faire émerger des solutions marocaines, des startups innovantes et, à terme, de véritables champions régionaux. Au sein du ministère, cette orientation se traduit déjà par des projets concrets. Nous travaillons notamment sur la numérisation et l’exploitation intelligente du Bulletin officiel, sur des outils de navigation avancée dans les textes juridiques afin de faciliter l’accès au droit pour les citoyens et les administrations, ainsi que sur des programmes d’innovation ouverte. Le Hackathon national «Ramadan’IA», qui a mobilisé les douze régions du Royaume, a ainsi permis de faire émerger des solutions répondant à des priorités territoriales concrètes, telles que le stress hydrique, l’agriculture de précision, la santé, l’éducation ou encore l’accès aux services publics. Cette initiative a permis d’associer des jeunes, des étudiants, des chercheurs, des développeurs, des experts, des institutions publiques et des acteurs privés autour de défis réels, avec l’objectif de transformer les idées innovantes en projets susceptibles d’être accompagnés et déployés.

Dans le prolongement de cette dynamique, le Rally IA Future Lab, organisé à Merzouga sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a constitué une étape stratégique majeuren dans la mise en œuvre de notre vision. Il a réuni plus de 1.000 participants marocains et internationaux, parmi lesquels des chercheurs, des experts, des investisseurs, des startups, des institutions publiques et des partenaires académiques, dans un espace associant réflexion stratégique, formation, expérimentation et développement de solutions innovantes. Le Rally IA Future Lab a notamment permis de faire émerger 138 projets répartis dans dix domaines prioritaires, parmi lesquels la santé, l’éducation, l’agriculture, l’énergie, l’industrie, les services publics, les villes intelligentes, la cybersécurité, la fintech et le développement durable. À l’issue des différentes phases d’évaluation et d’accompagnement, dix projets ont été distingués. Cette initiative a également contribué à renforcer les liens entre la recherche scientifique, l’entrepreneuriat, l’investissement et les besoins concrets de l’économie et de la société. Ces deux initiatives traduisent une même philosophie : faire de l’intelligence artificielle une dynamique nationale ouverte aux jeunes, aux chercheurs et aux startups, et non un simple cadre stratégique ou une déclaration d’intention. Elles permettent de créer des espaces d’expérimentation, de détecter les talents, d’accélérer les projets prometteurs et de faire émerger des solutions portant la marque «AI Made in Morocco», au service du développement national et africain. Le deuxième pilier est la donnée.

Il ne peut y avoir d’intelligence artificielle fiable sans données de qualité, accessibles, sécurisées et correctement gouvernées. Le Maroc avance donc vers une gouvernance nationale de la donnée, une meilleure interopérabilité des systèmes, le développement d’API et la mise en place de socles numériques communs. Ces fondations sont indispensables pour passer d’une administration encore parfois fragmentée à une Administration X.0 plus simple, plus rapide, plus inclusive et plus sécurisée. Le troisième pilier concerne le cloud, les capacités de calcul et les infrastructures souveraines. La Feuille de route Cloud 2025-2030, structurée autour de six objectifs et de vingttrois axes d’intervention, instaure une politique «Cloud First» et encadre la migration sécurisée des administrations et des secteurs stratégiques. Elle s’appuie notamment sur la création d’un Cloud Center of Excellence et d’un Observatoire national du cloud. L’objectif est de garantir au Royaume des capacités d’hébergement, de stockage et de calcul adaptées aux exigences de l’intelligence artificielle, tout en assurant la protection des données sensibles. Le quatrième pilier est la cybersécurité. L’intelligence artificielle renforce nos capacités d’analyse et de défense, mais elle crée également de nouvelles menaces : attaques automatisées, deepfakes, manipulation des données, ingénierie sociale ou vulnérabilité des algorithmes. La cybersécurité doit donc devenir le système immunitaire de notre transformation numérique.

C’est dans cette logique qu’a été lancé le Centre d’innovation en cybersécurité, conjointement avec le ministère de l’Enseignement supérieur et la DGSSI, sous la forme d’un groupement d’intérêt public hébergé à l’ENSIAS. Le rôle du Maroc au sein du Réseau africain des autorités de cybersécurité témoigne également de notre volonté de contribuer à la résilience numérique du continent. Mais notre avantage comparatif le plus durable reposera sur le capital humain. Former des ingénieurs, des chercheurs, des développeurs, des spécialistes de la donnée et de la cybersécurité est une condition essentielle pour que le Maroc puisse non seulement utiliser l’intelligence artificielle, mais également la comprendre, la développer et la maîtriser. Cette ambition doit naturellement s’inscrire dans un cadre de confiance. Le projet de loi «Digital X.0», porté en coordination avec la CNDP, la DGSN, la DGSSI et l’ADD, vise à encadrer les nouveaux usages numériques et l’intelligence artificielle, en cohérence avec la loi 09-08 relative à la protection des données personnelles et la loi 05-20 sur la cybersécurité.

Parallèlement, le Framework national d’IA responsable, élaboré avec la CNDP, doit permettre de développer des plateformes et des modèles intégrant nativement nos langues, notre culture, notre cadre juridique et notre identité numérique souveraine. Enfin, cette stratégie est profondément territoriale. Le réseau des JAZARI Institutes s’organise autour d’un JAZARI ROOT, chargé de la gouvernance et de la coordination nationale, et d’instituts régionaux dotés de spécialisations liées aux priorités économiques et sociales de chaque territoire. Notre objectif est de diffuser les capacités d’innovation dans toutes les régions, de rapprocher la recherche des besoins du terrain et de produire des briques technologiques réutilisables par le secteur public comme par le secteur privé. Ainsi, le Maroc entend se positionner non pas dans une course à la taille des modèles, mais dans une course à la pertinence, à la confiance et à l’impact. Notre réussite se mesurera à notre capacité à produire des solutions adaptées à nos besoins, à faire émerger des talents et des entreprises marocaines, à protéger nos données et à exporter notre expertise vers l’Afrique et le monde arabe.

 

F. N. H. : Le développement du numérique soulève également des questions de souveraineté des données et de cybersécurité. Quels sont aujourd'hui les principaux défis du Royaume dans ces domaines et quelles réponses le gouvernement apporte-t-il ?

A.E.F.S. : La transformation numérique ne peut être durable que si elle repose sur un climat de confiance. Aujourd'hui, la souveraineté des données et la cybersécurité sont devenues des enjeux stratégiques au même titre que les infrastructures ou les compétences. Notre défi est double : protéger nos actifs numériques tout en créant les conditions favorables à l'innovation, à l'investissement et au développement de l'intelligence artificielle. Le premier défi est celui de la maîtrise de la donnée. La donnée est désormais une ressource stratégique, mais elle ne crée de valeur que si elle est correctement gouvernée.

C'est pourquoi nous travaillons à la mise en place d'une gouvernance nationale de la donnée, fondée sur l'interopérabilité des systèmes d'information, des référentiels communs et des API ouvertes. Cette approche est indispensable pour construire une Administration X.0 plus simple, plus rapide, plus inclusive et plus sécurisée, tout en garantissant la protection des données sensibles. Le deuxième défi concerne les infrastructures numériques souveraines. Dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030, nous déployons une feuille de route ambitieuse pour renforcer la souveraineté numérique du Royaume. Notre Feuille de route Cloud 2025-2030, articulée autour de six objectifs et de vingt-trois axes d'intervention, instaure une politique «Cloud First», encourageant une adoption progressive et sécurisée des technologies cloud dans les administrations publiques. Cette démarche permet de renforcer la résilience des infrastructures, d'optimiser les coûts et d'harmoniser les standards techniques à l'échelle de l'État. Cette stratégie s'accompagne d'investissements structurants dans les infrastructures nationales, notamment à travers le développement de centres de données souverains. Le projet du méga data center vert de Dakhla, alimenté par les énergies renouvelables, le data center souverain de Rabat dédié aux administrations et aux applications d'intelligence artificielle, ainsi que les partenariats stratégiques engagés dans le domaine du cloud, participent à la consolidation de notre autonomie numérique et de notre capacité à héberger et traiter les données sensibles sur le territoire national.

Le troisième défi est celui de la cybersécurité. L'intelligence artificielle offre des capacités inédites d'analyse et de détection, mais elle fait également émerger de nouvelles menaces: attaques automatisées, deepfakes, ingénierie sociale, manipulation des données ou vulnérabilité des algorithmes. Dans ce contexte, la cybersécurité devient le véritable système immunitaire de l'administration numérique. Pour répondre à ces défis, le gouvernement renforce progressivement son dispositif national. Le Centre d'innovation en cybersécurité (CIC), contribue au développement de solutions innovantes, à la recherche et à la montée en compétences dans ce domaine stratégique. Le Maroc assure par ailleurs la vice-présidence du Réseau africain des autorités de cybersécurité (ANCA), illustrant son engagement en faveur d'une résilience numérique à l'échelle du continent. Nous mettons également en place les outils de gouvernance nécessaires pour accompagner cette transformation.

La création prochaine d'un Cloud Center of Excellence permettra d'élaborer les référentiels techniques, les guides méthodologiques et les bonnes pratiques destinés aux administrations afin d'accélérer l'adoption sécurisée du cloud et de renforcer l'interopérabilité des systèmes d'information. En parallèle, l'Observatoire national du cloud assurera une veille stratégique permanente sur l'évolution du marché, le niveau d'adoption des technologies cloud, les performances des infrastructures et les risques émergents, afin d'éclairer les décisions publiques et d'anticiper les évolutions technologiques. Enfin, la souveraineté numérique ne peut être dissociée du développement des compétences. C'est pourquoi nous poursuivons nos investissements dans la formation, avec l'ambition de former 100.000 talents numériques par an d'ici 2030. Car la meilleure protection d'un pays demeure sa capacité à comprendre les technologies qu'il utilise, à les développer lui-même et à disposer des compétences nécessaires pour les sécuriser.

Cette dynamique s'appuie sur un renforcement continu de l'offre de formation supérieure, de la recherche scientifique, des programmes de certification, de la reconversion professionnelle et de l'accompagnement des entreprises, afin que l'ensemble de l'écosystème national dispose des compétences indispensables pour faire face aux nouveaux risques numériques. Notre ambition est claire : faire du Maroc un espace numérique de confiance, où l'innovation s'appuie sur des infrastructures souveraines, une gouvernance responsable des données, une cybersécurité robuste et un cadre juridique protecteur, afin que la transformation numérique soit un véritable facteur de souveraineté, de compétitivité et de développement durable.

 

F. N. H. : La transition numérique ne peut être pleinement réussie sans une montée en compétences des citoyens. Quels programmes sont déployés pour renforcer les compétences numériques, aussi bien dans l'administration que dans le secteur privé ?

A.E.F.S. : Le développement des talents constitue l'un des piliers majeurs de la stratégie Maroc Digital 2030. Notre ambition est claire : former 100.000 nouveaux talents numériques par an à l'horizon 2030. Pour y parvenir, nous intervenons sur l'ensemble de la chaîne de valeur, depuis la formation initiale jusqu'à la formation continue, en passant par la recherche, l'innovation et l'accompagnement des entreprises. Nous avons d'abord engagé un effort sans précédent pour renforcer l'offre de formation supérieure dans les métiers du numérique. Comme je l’ai déjà souligné, les objectifs intermédiaires ont déjà été dépassés, avec plus de 22.700 étudiants inscrits dans les filières digitales dès l'année universitaire 2025-2026 et 549 filières accréditées, dont 416 nouvelles.

Nous poursuivons cette dynamique avec la création d'une École d'ingénierie spécialisée en Digital Transition & Artificial Intelligence, qui accueillera à terme près de 1.000 étudiants par an, ainsi qu'avec le développement de l'ENIAD de Berkane, qui forme déjà des centaines d'étudiants dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la cybersécurité, de la robotique, de l'Internet des objets et du génie informatique. Nous investissons également dans la recherche scientifique afin de développer une expertise nationale de haut niveau. Le programme PASS prévoit l'attribution de 550 bourses doctorales d'ici 2027, tandis que le programme FRDISI soutient des travaux de recherche dans les domaines stratégiques du numérique et de l'intelligence artificielle. L'objectif est de renforcer durablement notre capacité d'innovation et de production scientifique. La montée en compétences concerne également les professionnels et les demandeurs d'emploi. Le programme JobInTech, qui est passé d'une phase pilote à un déploiement national, vise désormais 14.000 bénéficiaires sur trois ans, avec plusieurs milliers de jeunes déjà engagés dans des parcours qualifiants.

En parallèle, notre partenariat avec Oracle a déjà permis à plus de 9.000 apprenants de suivre des formations spécialisées et d'obtenir plus de 2.300 certifications, renforçant ainsi leur employabilité dans les métiers du cloud et des technologies numériques. Nous accordons également une attention particulière aux plus jeunes afin de préparer les générations futures. Des initiatives telles que AI Master Junior ou le programme AI & IoT Generation, développé notamment en partenariat avec la Fédération royale marocaine de football, permettent de sensibiliser et de former les enfants et les jeunes aux technologies émergentes, avec une ambition de toucher progressivement près de 200.000 jeunes à travers l'ensemble du Royaume. Notre stratégie s'étend également au monde de l'entreprise. Avec le réseau DigiTPME, développé en partenariat avec la GIZ, nous accompagnons les très petites, petites et moyennes entreprises dans leur transformation numérique afin qu'elles puissent intégrer les nouveaux outils, gagner en compétitivité et saisir les opportunités offertes par l'économie digitale. Enfin, nous souhaitons que les talents puissent rapidement passer de la formation à l'action.

C'est tout le sens d'initiatives comme le Hackathon national Ramadan'IA, organisé dans les douze régions du Royaume. Ces dispositifs permettent aux jeunes talents de concevoir des prototypes, de tester leurs solutions et de bénéficier d'un accompagnement vers leur déploiement. Notre conviction est simple : un pays ne construit pas sa souveraineté numérique uniquement en investissant dans les technologies. Il la construit avant tout en investissant dans ses talents. Former, accompagner et offrir des perspectives à notre jeunesse est la meilleure garantie pour faire du Maroc un acteur de référence de l'économie numérique en Afrique et au-delà.

 

F. N. H. : Les investissements dans les infrastructures numériques sont appelés à jouer un rôle croissant dans l'attractivité du Maroc. Comment articulez-vous l'action publique avec celle des opérateurs privés et des investisseurs internationaux ?

A.E.F.S. : Notre conviction est que l'État ne peut réussir seul la transformation numérique. Les infrastructures numériques exigent des investissements importants, une capacité d'innovation permanente et une coopération étroite entre les pouvoirs publics, les entreprises nationales, les investisseurs internationaux, les universités et les centres de recherche. Le rôle de l'État est donc de créer un cadre de confiance, de fixer une vision stratégique et de garantir que ces investissements contribuent durablement aux priorités nationales. Notre approche repose sur un principe simple: une ouverture maîtrisée. Le Maroc souhaite attirer les investissements, les centres d'excellence, les laboratoires de recherche et les grands acteurs internationaux du numérique, mais dans un cadre qui préserve sa souveraineté. Les données sensibles, les infrastructures critiques, les capacités de calcul et les usages stratégiques doivent demeurer protégés et gouvernés conformément à notre cadre juridique et à nos intérêts nationaux. Cette philosophie guide l'ensemble de nos partenariats internationaux. Le Dialogue numérique Maroc–Union européenne, lancé officiellement lors de GITEX Africa Morocco 2026, en constitue une illustration emblématique.

Cette coopération stratégique couvre l'intelligence artificielle, l'innovation, les infrastructures numériques sûres et fiables, l'interopérabilité, les portefeuilles numériques ainsi que la coopération entre les instituts marocains d'intelligence artificielle et les AI Factories européennes. Elle traduit une vision commune visant à faire du Maroc un partenaire stratégique et un véritable hub d'innovation entre l'Europe et l'Afrique. Cette dynamique se concrétise déjà par des projets de coopération scientifique et technologique de haut niveau. Une lettre d'intention a ainsi été signée entre l'Université Mohammed VI Polytechnique, qui héberge le supercalculateur Toubkal, le plus puissant du continent africain, et quatre grands centres européens de calcul intensif – BSC, CINECA, GENCI et LUMI– afin de renforcer les capacités de recherche et de calcul haute performance. Parallèlement, nous favorisons l'implantation au Maroc de centres d'excellence et de laboratoires internationaux qui contribuent au développement de notre écosystème national. Des entreprises telles qu'Oracle, Nokia, Orange Business, Onepoint, Mistral AI ou encore Capgemini Maroc, aux côtés des Instituts JAZARI, participent à une dynamique où l'investissement international vient renforcer les compétences locales, accélérer le transfert de technologies et créer davantage de valeur sur le territoire national.

C'est précisément dans cet esprit que le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l'Administration et Capgemini Maroc ont signé, le 16 juillet 2026 au siège du ministère à Rabat, un mémorandum d'entente établissant un cadre de coopération autour de l'Institut JAZARI ROOT. Ce partenariat vise à accompagner les startups et les équipesprojets soutenues par l'Institut, à renforcer les compétences et l'acculturation à l'intelligence artificielle auprès des acteurs publics et académiques, ainsi qu'à identifier et développer des cas d'usage concrets à fort impact. Il s'agit d'un exemple concret de partenariat où l'expertise d'un acteur international vient compléter les capacités nationales, soutenir les talents et contribuer au développement d'un écosystème marocain de l'intelligence artificielle. Les infrastructures constituent également un levier majeur de cette stratégie. Le projet du méga-campus de data centers verts Igoudar Dakhla, qui atteindra une capacité de 500 MW à l'horizon 2030, illustre notre ambition de positionner le Royaume comme une plateforme régionale de référence pour l'hébergement, le traitement et la valorisation des données. Associé au data center souverain de Rabat et au développement des infrastructures cloud, il contribuera à renforcer l'attractivité du Maroc auprès des investisseurs internationaux tout en consolidant notre souveraineté numérique. Cette vision s'inscrit également dans une logique de coopération régionale.

À travers le Hub D4SD – Digital for Sustainable Development, lancé avec le Programme des Nations Unies pour le Développement, nous souhaitons faire du Maroc une passerelle entre l'Afrique et le monde arabe dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la science des données et de l'innovation numérique, en favorisant le partage des connaissances, l'émergence de projets communs et le développement de solutions adaptées aux défis du développement durable. Au fond, notre ambition est de construire un modèle où l'investissement privé, national comme international, vient accélérer la transformation numérique du Royaume tout en renforçant nos capacités nationales. Nous voulons faire du Maroc un territoire d'innovation, de confiance et de souveraineté, capable d'attirer les meilleurs partenaires tout en développant ses propres compétences, ses propres infrastructures et ses propres technologies. C'est cet équilibre entre ouverture, compétitivité et souveraineté qui fera du Royaume un hub numérique régional de référence.

 

F. N. H. : L'Afrique constitue un axe majeur de la politique étrangère du Royaume. Le numérique peut-il devenir un nouveau vecteur de coopération SudSud et quels projets le Maroc porte-t-il aujourd'hui à l'échelle du continent ?

A.E.F.S. : Absolument. Le numérique est aujourd'hui l'un des leviers les plus puissants pour renforcer la coopération Sud-Sud. Sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc a fait de l'Afrique un partenaire stratégique de premier plan. Cette ambition se traduit désormais dans le domaine du numérique, où notre objectif est de construire des partenariats fondés sur le partage des compétences, la coconstruction des solutions et le développement d'infrastructures communes. Notre positionnement repose sur une conviction simple : le Maroc ne construit pas sa stratégie numérique par opportunité, mais dans le cadre d'une vision de long terme portée par Maroc Digital 2030 et AI Made in Morocco. Nous souhaitons mettre cette expérience au service du continent, non pas en exportant un modèle unique, mais en développant avec nos partenaires africains des solutions adaptées à leurs réalités et à leurs priorités.

Cette ambition s'appuie d'abord sur des infrastructures de niveau international. Le Royaume dispose aujourd'hui d'atouts majeurs qui lui permettent de jouer un rôle de plateforme numérique régionale : le supercalculateur Toubkal, hébergé à l'Université Mohammed VI Polytechnique, constitue la plus importante capacité de calcul haute performance du continent africain; le développement des data centers souverains, l'ouverture de la première région cloud hyperscale en Afrique du Nord, le projet du méga-campus vert Igoudar Dakhla, ainsi que le renforcement de notre connectivité internationale grâce notamment au câble sous-marin Medusa, créent les conditions d'un écosystème numérique au service de toute la région. Cette dynamique est également portée par l'amélioration continue de notre connectivité nationale.

Le déploiement de la fibre optique et de la 5G, associé à une couverture 4G de près de 100% de la population, renforce la capacité du Maroc à accueillir des projets technologiques de grande envergure et à devenir une plateforme d'échanges numériques entre l'Afrique, l'Europe et le monde arabe. Au-delà des infrastructures, nous développons des initiatives de coopération structurantes. Le Hub D4SD – Digital for Sustainable Development, lancé avec le Programme des Nations Unies pour le Développement, illustre cette ambition. Il repose sur cinq piliers : l'intelligence artificielle responsable, les infrastructures publiques numériques, le développement des talents, les politiques publiques et la régulation, ainsi que l'écosystème de l'innovation. Notre objectif est de faire du Maroc un espace de coopération, de formation et de partage d'expertise au bénéfice de l'ensemble du continent.

Nous investissons également dans le capital humain à travers le réseau des JAZARI Institutes, dont l'organisation territoriale constitue un modèle original. Répartis dans les douze régions du Royaume et spécialisés dans plus de vingt thématiques prioritaires, ces instituts ont vocation à développer des compétences, produire des solutions innovantes et favoriser les échanges avec les partenaires africains autour de défis communs tels que la santé, l'agriculture, la gestion de l'eau, l'administration numérique ou encore les villes intelligentes. La coopération Sud-Sud se construit également avec le secteur privé. À cet égard, GITEX Africa Morocco est devenu un véritable catalyseur de l'innovation continentale. Nous préparons cet événement tout au long de l'année en identifiant les startups, les investisseurs et les partenaires stratégiques. Pendant le salon, nous favorisons les rencontres, la signature de partenariats et l'accès aux marchés, puis nous assurons un suivi afin de transformer les engagements en projets concrets. L'édition 2026 a marqué une étape importante.

Près de 400 investisseurs, représentant plus de 350 milliards de dollars d'actifs sous gestion, y ont participé. Plus de 800 startups ont été accompagnées par notre ministère depuis le lancement de l'initiative Startup Morocco, tandis qu'un mécanisme innovant, développé avec Tamwilcom, a permis de mobiliser près de 2,5 milliards de dirhams pour faciliter le financement des startups africaines et marocaines. Cette dynamique confirme que GITEX Africa n'est plus seulement un salon technologique: il est devenu une plateforme continentale d'investissement, de coopération et de création de valeur. À l'horizon 2030, notre ambition est que le Maroc soit reconnu comme un pont numérique entre l'Afrique, le monde arabe et l'Europe, capable de former des talents, d'héberger des infrastructures stratégiques, de développer une intelligence artificielle responsable et d'exporter des solutions numériques souveraines. Notre vision de la coopération Sud-Sud repose sur le partage des connaissances, la confiance et la création de valeur commune. Car le véritable leadership numérique ne se mesure pas uniquement à la capacité d'innover pour soi-même, mais aussi à celle de contribuer au développement collectif du continent africain.

 

F. N. H. : À l'horizon 2030, quelle est votre vision du Maroc numérique ? Quels changements concrets les citoyens, les entreprises et les investisseurs devraient-ils constater dans leur quotidien si les objectifs fixés sont atteints ?

A.E.F.S. : Ma vision du Maroc numérique à l'horizon 2030 est celle d'un pays où le numérique ne constitue plus une contrainte supplémentaire, mais un facilitateur du quotidien, un accélérateur de développement et un levier de souveraineté. Au fond, ce qui m'importe, ce n'est pas la technologie pour elle-même; c'est son impact concret sur la vie des citoyens, sur la compétitivité des entreprises et sur l'attractivité de notre économie. Pour les citoyens, cela signifie une administration plus simple, plus rapide et plus proche. Demain, un usager ne devra plus fournir plusieurs fois la même information à différentes administrations, ni multiplier les déplacements pour accomplir une démarche. Grâce à l'interopérabilité des systèmes, à l'identité numérique, à la gouvernance de la donnée et à des plateformes intégrées comme IDARATI X.0, l'administration devra s'adapter au citoyen, et non l'inverse. C'est cette transformation profonde que nous construisons aujourd'hui.

Pour les entreprises, le changement devra se traduire par un environnement plus fluide, plus prévisible et plus compétitif. La simplification des procédures, la généralisation des services numériques, des infrastructures cloud performantes, des capacités de calcul souveraines et une meilleure circulation de la donnée permettront de réduire les coûts, d'accélérer les projets et de favoriser l'innovation. Notre ambition est que le numérique devienne un véritable moteur de productivité et de création de valeur pour l'ensemble du tissu économique. Pour les investisseurs, le Maroc devra apparaître comme un territoire de confiance, doté d'infrastructures numériques de rang international, d'un cadre réglementaire stable, d'une cybersécurité renforcée et d'un capital humain hautement qualifié. Le développement de nos data centers souverains, la capacité nationale de calcul haute performance, l'ouverture de la première région cloud hyperscale en Afrique du Nord et notre stratégie en matière d'intelligence artificielle contribueront à faire du Royaume une plateforme numérique de référence entre l'Afrique, l'Europe et le monde arabe. Mais notre ambition va au-delà de la modernisation des services publics. Nous voulons que le Maroc soit reconnu comme un pays qui conçoit, développe et maîtrise ses propres technologies. C'est tout le sens de la vision «AI Made in Morocco».

Nous voulons maîtriser les briques critiques de la souveraineté numérique — la donnée, les infrastructures, le cloud, les capacités de calcul, les compétences, les modèles et les algorithmes — afin que nos choix technologiques demeurent alignés avec nos intérêts stratégiques, notre culture et nos valeurs. Cette ambition est également économique. À travers les objectifs fixés dans le cadre de Maroc Digital 2030 et de la feuille de route Maroc IA 2030, notre volonté est de faire du numérique un moteur de croissance, d'emploi et d'innovation. Mais, au fond, la réussite ne se mesurera pas uniquement à ces indicateurs. Elle se mesurera à la confiance que notre jeunesse accordera à son pays. Si, en 2030, davantage de jeunes choisissent de créer, d'innover, de développer des technologies et d'entreprendre au Maroc parce qu'ils y trouvent les compétences, les infrastructures, les financements et les opportunités nécessaires, alors nous aurons atteint l'essentiel. C'est l'héritage que je souhaite contribuer à bâtir : une transformation numérique opérationnelle, parce qu'elle améliore concrètement le quotidien des citoyens; mesurable, parce qu'elle produit des résultats tangibles et évaluables; et structurante, parce qu'elle pose les fondations d'une souveraineté numérique durable qui dépasse les échéances et prépare le Maroc des prochaines décennies. 

 

 

 

 

Articles qui pourraient vous intéresser

Samedi 12 Septembre 2026

Maroc Digital 2030: «L’IA doit être envisagée comme un amplificateur d’impact»

Vendredi 04 Septembre 2026

IA et souveraineté numérique : Amal El Fallah Seghrouchni reçoit un Prix d’Excellence africain

Dimanche 30 Aout 2026

Esport au Maroc: Des écrans, des flux, des joueurs… et beaucoup plus derrière

Jeudi 27 Aout 2026

IA : Les inquiétudes gagnent le sommet de l’industrie

L’Actu en continu

Hors-séries & Spéciaux