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Surendettement des entreprises: le mal est beaucoup plus profond

Surendettement des entreprises: le mal est beaucoup plus profond

L’endettement des PME serait sous-évalué au Maroc.

Les derniers chiffres de BAM montrent que le taux des créances en souffrance des entreprises non financières privées est supérieur à celui des ménages.

 

Par M. Diao

 

C’est un euphémisme de dire que 2020 et 2021 n’ont pas été des années propices pour l’essor de bon nombre d’entreprises, créatrices de valeur ajoutée pour l’économie nationale et de postes de travail. Il y a quelques mois, pour beaucoup de chefs d’entreprise, la priorité absolue était la survie de leur boîte en raison des incertitudes liées à la crise liée à la Covid-19 qui, fort heureusement, perd du terrain au Maroc et dans plusieurs pays.

Lors de son discours prononcé le 21 mai 2021 dans le cadre de la plateforme CGEM-Gouvernement, le président de la CGEM, Chakib Alj, a alerté sur le surendettement des entreprises, notamment celui des TPME qui s’accentue avec la prolongation de la crise, en particulier pour certains secteurs comme le tourisme et son écosystème, les industries culturelles et créatives et la restauration. D’où la pertinence de s’interroger sur le niveau d’endettement des entreprises marocaines. En clair, le niveau d’endettement des TPME est-il préoccupant ? Il y a lieu de rappeler tout de même que plusieurs mesures ont été prises au cours des dernières années dans l’optique de faciliter l’accès des entreprises aux crédits bancaires.

Citons à ce titre l’opérationnalisation du nouveau système des sûretés mobilières, l’élargissement du collatéral, l’accroissement du plafond du microcrédit à 150.000 DH au profit des TPE ainsi que la mise en place en 2014 du fonds de soutien financier des TPME. A ces mesures, se sont ajoutés récemment les crédits bancaires garantis par l’Etat via la CCG dans le contexte covid19 (Damane Oxygène, Damane Relance). Une situation qui persiste depuis fort longtemps Interrogé sur le niveau d’endettement des entreprises, Zakaria Fahim, expert-comptable et Managing partner du cabinet BDO Maroc, conforte la déclaration du patron de la CGEM.

«Le surendettement affecte beaucoup d’entreprises depuis très longtemps. L’ampleur du phénomène est beaucoup plus importante si l’on intègre les crédits interentreprises non pris en compte par certains chiffres officiels», explique le commissaire aux comptes. En se référant à la dernière Revue mensuelle de BAM portant sur la conjoncture économique, monétaire et financière de mai 2021, l’on s’aperçoit que les créances en souffrance ont augmenté de 8,6% pour les entreprises non financières privées, avec un ratio de 11,4% (contre 9,9% pour les ménages en avril 2021). Le ratio des crédits en souffrance renseigne sur les difficultés des entreprises à honorer leurs engagements en matière de remboursement de prêts bancaires.

«L’endettement des PME est sous-évalué au Maroc», confie Zakaria Fahim. Il va jusqu’à mentionner un surendettement masqué à cause, entre autres, de l’existence d’emprunts auprès d’un ou des associés et de la dette fournisseur des TPME. Par ailleurs, aborder le sujet de l’endettement des entreprises dans le contexte actuel sans évoquer les crédits Damane Oxygène et Damane Relance, garantis par l’Etat via la CCG, serait un exercice incomplet.

Pour rappel, en mai 2021, l’argentier du Royaume a fait savoir au Parlement que 96.000 prêts ont été garantis par l'Etat pour un montant de près de 67 milliards de DH, notamment dans le cadre des programmes «Damane Oxygène» et la «garantie autoentrepreneurs Covid-19.

L’effet des crédits «Damane » ?

A la question de savoir si les crédits dénommés Damane ont contribué au surendettement des entreprises, notre interlocuteur rétorque par l’affirmative. «Beaucoup d’entreprises ont été mises sous perfusion grâce aux crédits ‘Damane’. Je dirais même c’est l’arbre qui cache la forêt. Sous prétexte de la crise, les sociétés ont bénéficié d’un sursis sur l’endettement. Il faudra donc s’attendre à une casse en matière d’impayés», prédit l’ancien président de la Commission au sein de la CGEM.

Fahim alerte également sur d’éventuels nouveaux reports d’échéances de paiement de crédits bancaires au profit des entreprises. Notons que dans certains pays européens, les entreprises en surveillance ou en redressement ont obtenu un moratoire de 2 ans pour le remboursement de certains crédits. Au final, le surendettement limite la capacité d’endettement d’une entreprise qui a besoin de financements pour se développer et gagner des parts de marché au Maroc ou à l’étranger.

 

 

 

 

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