Bourse & Finances

Tous les articles

Epargne et taux bas : Jouahri entre le marteau et l’enclume

Epargne et taux bas : Jouahri entre le marteau et l’enclume

 

Le wali de Bank Al-Maghrib s'est dit inquiet des impacts que peuvent avoir les taux bas sur la rémunération de l'épargne institutionnelle.

 

Par A.H

 

Tout en constatant que la tendance mondiale est aux taux durablement bas, le wali de Bank Al-Maghrib s'est montré particulièrement préoccupé par les impacts d'une telle politique monétaire sur la rémunération de l'épargne longue.

Son discours en ouverture de la célébration de la journée mondiale de l'épargne ne laisse toutefois pas entrevoir de position tranchée quant aux décisions futures de la Banque centrale.

 

Pas de position affirmée

Juste avant sa prise de fonction, la nouvelle dirigeante de la BCE a pris une position retentissante, fin octobre, en déclarant qu'elle préfère «l'emploi» à «une épargne protégée». Christine Lagarde faisait ici référence à la politique très accommodante conduite par son prédécesseur Mario Draghi.

Le wali de Bank Al-Maghrib semble, lui, beaucoup plus réservé sur la question, tout en admettant que les taux bas - phénomène qui risque de durer - jouent un rôle primordial dans le soutien de l'investissement et donc dans la création d'emplois. «La situation de «Too Low for Too Long» ou «très bas pour très longtemps», comme on la décrit, est devenue ainsi un fait stylisé de l’économie mondiale», a observé Abdellatif Jouahri, tout en soulignant qu’une telle situation n’est pas sans conséquences sur la rémunération de l’épargne et celle des fonds de retraites.

«Des taux aussi bas ne sont pas sans effets négatifs sur l’épargne des ménages qui voient leurs efforts pratiquement anéantis, de même, les fonds de pension enregistrent une baisse et une faiblesse persistantes de leurs rendements qui pèsent sur la viabilité de certains d’entre eux». Et de prévenir :
«Si théoriquement des taux bas peuvent aider à relancer l’investissement et la croissance après un cycle baissier, dans un contexte de ralentissement persistant et de fortes incertitudes, ils peuvent avoir des effets néfastes sur le système financier et sur l’économie dans sa globalité».

Dans son discours, le wali a également mis l'accent sur le risque que fait peser le contexte de taux bas actuel sur les marges et la rentabilité du secteur bancaire. Le gouverneur estime également que la liquidité abondante et à faible coût s’est traduite par une aggravation des taux d’endettement, aussi bien publics que privés, sans qu’elle ne profite nécessairement à l’économie réelle. Elle est davantage canalisée, à des fins spéculatives, vers l’investissement dans les actifs notamment boursiers, conduisant ainsi à leur surévaluation, amplifiant par conséquent les risques sur la stabilité financière, et donc sur l’écosystème de l’épargne.

Cette sortie d’Abdellatif Jouahri n’est guère surprenante, lui qui brandit souvent l’argument de la baisse de rémunération de l’épargne parmi les raisons qui l’incitent à maintenir le taux directeur à son niveau de 2,25%. Une baisse supplémentaire de ce taux induirait, selon lui, une rémunération encore plus faible de l’épargne, qui se situe déjà à des niveaux historiquement bas.

L'impact sur la rémunération des placements des fonds de retraites (CIMR, CMR, etc.) est également perceptible, ce qui les oblige à se tourner vers des placements offrant de meilleurs rendements. Cette nouvelle sortie du wali vient donc renforcer le doute quant à sa disposition à assouplir encore plus sa politique monétaire.

 

Comment canaliser l'épargne

Abdellatif Jouahri intervenait à l’occasion de la journée mondiale de l’épargne, co-organisée avec le Groupe CDG et le Groupe Barid Al-Maghrib. Sur ce sujet, le wali a encore une fois relevé que le taux d’épargne au Maroc demeure faible.

«Les données disponibles sur l’épargne montrent que nous avons un grand défi à relever sur ce volet. L’épargne des ménages, qui se situe autour de 14% de leur revenu disponible brut, serait beaucoup plus faible en comparaison internationale sans les transferts des Marocains résidant à l’étranger et la faiblesse des cotisations», a-t-il fait savoir.

Ainsi, au Maroc, la population en âge d’activité qui épargne, est deux fois moins élevée que la moyenne des pays de la catégorie à revenu intermédiaire-inférieur. «Ces niveaux seraient encore plus bas si l’on se limitait à l’épargne auprès des institutions financières», ajoute le wali.

Cette situation ne semble pas s’améliorer comme le laisse indiquer l’évolution des dépôts bancaires. «Comme je l’ai souligné lors des points de presse à l’issue des réunions trimestrielles du Conseil de Bank Al-Maghrib, les dépôts des ménages connaissent un ralentissement assez préoccupant au cours de ces dernières années. Selon nos statistiques, la progression des dépôts à vue est en nette décélération et ceux à terme ont perdu près de 10% de leur volume depuis fin 2015», fait-il observer.

Pour lui, comme pour les autres intervenants à cette journée de réflexion, l'éducation financière est la clé de voûte de toute inclusion financière.  ◆

 

 

Articles qui pourraient vous intéresser

Jeudi 04 Avril 2024

Banques : les dépôts en croissance de 3,6% à fin février 2024

Lundi 01 Avril 2024

Maroc : l'épargne nationale à 26,7% du PIB au T4 2023

Jeudi 21 Mars 2024

Fragilités économiques

Jeudi 21 Mars 2024

Taux directeur: un statu quo logique

L’Actu en continu

Hors-séries & Spéciaux