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Cryptomonnaies au Maroc: le goût de l’interdit

Cryptomonnaies au Maroc: le goût de l’interdit
Jeudi 15 Avril 2021 - Par admin

Ovni de la planète finance, le bitcoin fait de plus en plus d’adeptes au Maroc en dépit de son interdiction par les autorités. 

Les transactions en bitcoin volent de record en record depuis le début de l’année.

Pour certains décideurs, il est temps de créer une crypto réglementée.

 

Par Y. Seddik

 

2021 s’annonce comme une grande année pour les cryptomonnaies. Et pas seulement pour le bitcoin qui a franchi le seuil des 60.000 dollars (564.000 DH l’unité) et dont la capitalisation dépasse désormais les 1.000 milliards de dollars. En effet, depuis le début d’année, on entend parler à tout bout de champ des cryptomonnaies au Maroc. L’intérêt est à son paroxysme.

Forcément, pour certains curieux initiés, cela donne envie de bazarder son compte sur carnet ou autres types de placement et de prendre l’autoroute (incertaine?) de la spéculation sur ces monnaies virtuelles dans l’espoir de devenir Crésus en une poignée de semaines. Une fièvre acheteuse a dernièrement été observée au Maroc, parallèlement à l'explosion du cours du BTC.

Ceci, avec des volumes qui croissent brutalement de semaine en semaine, malgré un bannissement des cryptos depuis 2017. Selon des données que nous avons pu récolter, les Marocains seraient en tête des échanges sur les plateformes de transactions de gré à gré dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), notamment sur LocalBitcoin et Paxful. Ainsi, sur les 30 derniers jours, les Marocains auraient échangé l’équivalent de 1,5 million de dollars en bitcoins (soit 13 MDH), devant l’Arabie Saoudite avec 1,4 million de dollars ou encore les Émirats arabes unis qui canalisent un volume de 840.000 dollars américains.

Sur la seule dernière semaine, les transactions en dirham marocain totalisaient près de 343.725 dollars, soit plus de 3 MDH. L’évolution des volumes d’activité sur cette crypto, elle, est en progression exponentielle au Maroc depuis l’été 2019. Février 2021 a par ailleurs été le «meilleur mois de l'histoire» de la plateforme au Maroc en termes de volumes de négociation, selon Jukka Blomberg, directeur marketing de LocalBitcoins, qui a déclaré qu'«environ 900.000 dollars de bitcoins avaient été échangés sur la plateforme tout au long du mois».

LocalBitcoins a également enregistré une augmentation de 30% des inscriptions d'utilisateurs entre 2019 et 2020, avec plus de 700 nouveaux comptes créés. Le numéro 1 des cryptos est-il insensible aux interdictions ? Visiblement oui.

Faux danger ?

Cet engouement sans précédent pour les cryptos interroge, alors que les transactions en monnaie virtuelle sont formellement interdites au Maroc et constituent officiellement une infraction à la réglementation des changes du pays. De l’avis de Badr Bellaj, cofondateur de l’entreprise technologique Mchain, «la posture du Maroc envers les cryptomonnaies a un effet considérable sur l’essor de la technologie blockchain. Il faut savoir que celle-ci tire sa force de la finance (gestion de monnaie). A titre illustratif, utiliser la blockchain comme canal de distribution des aides financières au profit des ménages au Maroc n’est pertinent que s’il existe une monnaie digitale». Pour lui, le Maroc est en train de se protéger contre un faux danger, celui des cryptomonnaies.

Le développement de la technologie blockchain est difficilement envisageable sans la promotion des cryptomonnaies qui font le lit de l’innovation. Le bon et le mauvais gras En parallèle avec cette interdiction, la classe gouvernante marocaine n'est pas entièrement contre les initiatives blockchains. Bank Al-Maghrib (BAM), qui a toujours suivi d’un œil attentif les évolutions numériques mondiales, s’est inscrite dans cette lignée. En effet, un nouveau Comité institutionnel dédié à cette thématique vient de voir le jour au sein de la banque «Central Bank Digital Currency» (CBDC). Objectifs : identifier et analyser les apports, les bénéfices ainsi que les risques d’une CBDC pour l’économie nationale; examiner en profondeur toutes les conséquences de la CBDC sur la politique monétaire, la structure de l’intermédiation bancaire, la stabilité financière et le cadre juridique.

En substance, ce Comité a pour rôle d'identifier et analyser les avantages, mais aussi les risques d’une CBDC pour l’économie marocaine. Ce comité se chargera également de coordonner avec les autorités nationales les mesures à entreprendre au regard de l’évolution de l’usage des cryptoactifs au niveau national et international.

Toutefois, BAM estime que «dans le contexte actuel, et compte tenu des différentes réformes engagées par Bank Al-Maghrib pour la promotion des moyens de paiement électroniques et la réduction du cash, et dont les retombées ne peuvent être évaluées qu’à moyen terme, il serait prématuré d’envisager à court terme l’émission d’une monnaie digitale».

D'ailleurs, 60% des 65 Banques centrales (dont BAM) sondées en début d’année par la Banque des règlements internationaux (BRI) ont indiqué que la crise sanitaire n'avait pas changé leur priorité : elles privilégient la prudence dans le déploiement de ces projets de longue haleine. La majorité des Banques centrales est toutefois encore loin de lancer des versions numériques de leur monnaie.

La réflexion sur les monnaies de Banques centrales s'était intensifiée avec les inquiétudes autour du projet dévoilé en 2018 par le géant américain Facebook, qui a toutefois depuis revu ses ambitions à la baisse. La récente flambée du bitcoin laisse en revanche les Banques centrales de marbre, la plupart considérant les cryptomonnaies comme des produits de niche.

Le Use Case du Group OCP

Tout récemment, le groupe OCP a été la première entreprise africaine à exécuter une transaction commerciale intraafricaine utilisant la technologie blockchain. Une opération de 400 millions de dollars avec la Banque de commerce et de développement de l'Afrique de l’Est et australe (Trade and Development Bank).

Un montant de 270 millions de dollars a déjà été exécuté, tandis que le reste est prévu durant les prochains mois. Cette transaction a permis de financer l’expédition d’engrais phosphatés du Maroc vers l’Éthiopie. Pour le Groupe OCP, avec le ralentissement actuel de la logistique mondiale et des chaînes d'approvisionnement, les transactions de financement du commerce peuvent prendre jusqu'à six semaines, en raison de la fermeture des frontières et des aéroports qui continue d'engendrer des retards supplémentaires.

Or, la technologie blockchain de Dltledgers permet à toutes les parties prenantes de réaliser la transaction numériquement et de compléter l’opération d'import-export en moins de deux heures, alors que les transactions «papier» équivalentes sont généralement conclues en trois semaines ou plus, en raison du délai nécessaire aux fournisseurs pour le transfert de documents physiques à l’acheteur via le système bancaire traditionnel.

Selon eux toujours, la technologie blockchain présente de nombreux avantages, notamment une empreinte carbone plus faible, des opérations plus sécurisées grâce aux technologies de cryptage et de vérification, plus de transparence et de traçabilité, et la réduction de risques grâce à l’élimination d’éventuelles erreurs et ambiguïtés dans l'échange et la modification des documents.

Une crypto pour les transactions transfrontalières ?

En fait, les champs d’exploitation de la blockchain sont immenses : banques, assurances, industries, supply chain... De façon générale, la blockchain pourrait remplacer la plupart des tiers de confiance (Banque centrale, dépositaires, notaires, etc.). Mikael Naciri, Directeur général du CMI, nous informait à l’époque qu'il est favorable à une émission de monnaie virtuelle à cours légal (c’est-à-dire basée sur une devise réelle) et qui servira aux échanges transfrontaliers.

Rappelons dans ce sens que les Émirats arabes unis collaborent actuellement avec la Banque centrale d'Arabie Saoudite pour émettre une monnaie numérique, appelée «Aber», qui serait acceptée dans les transactions transfrontalières entre les deux pays. Cette monnaie sera utilisée d’abord par les banques et non par les consommateurs individuels, et rendra les transactions plus efficaces.

En cela, le patron du CMI expliquait : «Il y a possibilité aussi de créer une cryptocurrency qui soit backée par une vraie monnaie à cours légal. Et pourquoi ne pas imaginer dans la zone CEDEAO faire les échanges en monnaie virtuelle régionale à valeur légale. Et en bout de chaîne, on peut la convertir en monnaie de son pays; cela éviterait pas mal de frictions et de coûts de change et permettra aussi un gain de temps».

Au final, alors que l’utilisation du cash vole de record en record, ce n’est plus une question de «si» mais «quand» aurons-nous besoin d’une cryptomonnaie règlementée au Maroc ?

 

 

 

 

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