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Crédits bancaires: alerte sur la hausse des taux !

Crédits bancaires: alerte sur la hausse des taux !

Plusieurs raisons expliquent les récentes hausses des taux débiteurs appliqués par les banques.

Dans un contexte de relance économique, cela pourrait constituer un véritable obstacle.

Pour certains professionnels, la situation ne devrait pas perdurer.

 

Par Y. Seddik

 

En pleine relance économique, le crédit bancaire se renchérit au Maroc. Habitués à des taux en baisse quasi-ininterrompue, les emprunteurs (les particuliers surtout) ont dû payer leurs crédits plus chers, pour le deuxième trimestre consécutif. Si globalement les taux débiteurs appliqués par les banques ont baissé de 46 pbs en 2020, ces derniers ont marqué un rebond au T4-2020, puis au T1-2021. Une hausse qui intervient alors même que la Banque centrale a baissé à deux reprises son taux directeur.

D'ailleurs, dans son dernier bilan sur les taux d’emprunt bancaire, l’institution monétaire fait état d’une augmentation allant jusqu’à 21 points de base (pbs) pour les crédits accordés aux particuliers. Pourtant, Bank Al-Maghrib a déclaré à maintes reprises que la transmission portant sur le niveau des taux débiteurs par les banques constitue l’un des critères «que nous allons pondérer de façon importante» pour les demandes de financement de ces dernières auprès de la Banque centrale, évitant de la sorte que les baisses du taux directeur viennent nourrir leurs marges.

Pourquoi donc un tel retournement de situation après une nette baisse du taux directeur ? Ce rebond est-il durable ou s'agit-il d'un épiphénomène ? La fête des taux bas est-elle finie ?  Contacté à ce sujet, Kamal  Zine, consultant en banque et assurance, nous apporte des éclaircissements. Pour lui, «plusieurs raisons expliquent la hausse des taux débiteurs. Premièrement, le rattrapage des mauvais résultats affichés en 2020 à cause de la hausse du coût du risque et de la participation dans l'effort de solidarité face à la Covid-19». D'ailleurs, les banques affichent un net redressement de leur rentabilité en ce premier trimestre.

À l’image de BCP dont le RNPG a rebondi de plus de 103%, ou encore d’Attijariwafa bank qui a amélioré de 21,6% sa profitabilité durant la même période. K. Zine nous indique qu’«Il y a également la volonté de se prémunir contre la baisse potentielle des revenus des activités de marché. En effet, si la baisse du taux directeur a eu un effet positif sur la valeur des portefeuilles obligataires en 2020, elle diminuerait en parallèle le rendement des investissements futurs sur le marché des taux».  

Autre explication relevée par notre expert : «la hausse des taux débiteurs montre que les banques sont prudentes, voire sceptiques sur les perspectives d'un retour rapide à la croissance des petites et moyennes entreprises (PME) qui, contrairement aux grandes entreprises, ont été sérieusement confrontées à la hausse du coût de financement». 

Ménages et PME, souffre-douleur de la situation

Cependant, si ce rebond s'amplifiait, il ferait grimper davantage le coût des financements et réduirait donc la capacité d'emprunt des ménages et des entreprises. Si les banques étaient permissives sur les facilités de trésorerie grâce à la garantie étatique (Damane Oxygène, Damane Relance…), il n’en est pas de même pour les prêts à la consommation et ceux à l’équipement.

Véritable pouls de la demande intérieure et de l’investissement, ces derniers ont reculé de 3,1% et 5,3% respectivement au premier trimestre 2021. Les analystes, eux, voient aussi une éventuelle hausse au niveau du coût de financement comme conséquence directe de l'augmentation des exigences sur les provisions. Dit autrement, les banques, au cas où elles souhaiteraient conserver un niveau de rentabilité inchangé, devront réclamer un surcoût de rémunération aux débiteurs et restreindre les financements. Un rationnement dont pâtiraient les personnes demandeuses de crédits. 

«Les banques anticipent une hausse des conditions de refinancement dans les mois à venir et souhaitent reconstituer leurs marges à un moment où il y a moins de concurrence et moins de demande de crédit dans un contexte de crise. Ainsi, la faible concurrence sur le marché pousse les banques à appliquer des taux plus élevés qu’habituellement», nous informe une source au sein d’une banque de la place. Toutefois, l’analyse ne saurait se limiter à la seule crise. Un autre argument brandi par le banquier est celui du taux de sinistralité, qui reste élevé au Maroc. En mars 2021, les créances en souffrance ont bondi de 12% à plus de 80 milliards de DH.

Depuis janvier, le portefeuille sinistré des ménages a augmenté de 16,8%, avec un encours dépassant les 35 milliards de DH. Ce taux de sinistralité tend à augmenter, surtout lorsque l’on sait que le niveau d’impayés est intimement lié à l’environnement économique (licenciement, chômage, risque d’impayés…). « N’oublions pas que la hausse de la sinistralité, particulièrement chez les ménages, pousse les banques à être plus regardantes sur les conditions d’octroi de crédits», appuie notre source.

 

Taux d’intérêt bancaire : Un cycle baissier imperturbable ?
Le cycle baissier des taux débiteurs, enclenché depuis 2012, connait, certes, de temps à autre des interruptions, avec des frémissements à la hausse, mais la tendance de fond demeure inchangée. «A mon sens, cette hausse des taux est ponctuelle et ne devrait pas perdurer. Les banques devraient maintenir leur taux d’emprunt à ces niveaux. Une remontée durable des taux n'est possible qu'en cas d'une hausse du taux directeur de Bank Al-Maghrib. Un scénario improbable actuellement», tempère notre source bancaire.

 

Un obstacle à la reprise ?

La reprise économique passe essentiellement par la dynamisation de l’investissement et de la demande intérieure, via la consommation.  Une augmentation des taux, si elle se prolonge cette année, sera un obstacle de plus à la reprise, alors que la baisse du pouvoir d’achat des ménages risque de les dissuader de s’endetter. 

Pareillement pour les PME. Sur ce point, Kamal Zine est catégorique : «Les espoirs d'une reprise économique forte et inclusive reposent d'abord sur le soutien aux PME. Ces dernières sortent d'une année difficile avec un taux d'endettement plus important, qui affaiblirait leurs capacités à investir, à embaucher et à se développer. Le rôle des banques est donc essentiel pour appuyer les PME dans la phase de reprise».

«Parallèlement, les partenaires économiques du Maroc tels que l'Union Européenne et les États-Unis ont lancé des plans de relance massifs, dont le noyau dur est l'économie verte. Afin de pouvoir s'intégrer dans le nouvel échiquier économique mondial, les PME auront besoin de financement pour lancer les investissements opportuns et adapter leurs stratégies, que ce soit en matière d'offre, de technologie ou de compétence», conclut-il. 

 

 

 

 

 

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