La qualité de l'information financière s'impose désormais comme un déterminant de la confiance des investisseurs et du développement des marchés de capitaux. Réunis à Casablanca lors de la première édition du Symposium de l'information financière organisé par Boursenews, régulateurs, institutions publiques et professionnels de la finance ont souligné qu'au-delà de la conformité réglementaire, la transparence constitue aujourd'hui un levier de financement de l'économie, de compétitivité et d'attractivité pour la place financière marocaine.
Par D. William
La communication financière n'est plus une simple obligation réglementaire. Elle devient un facteur de compétitivité, un outil de financement de l'économie et un marqueur de maturité des marchés. C'est le message porté, mercredi à Casablanca, lors de la première édition du Symposium de l'information financière organisé par Boursenews autour du thème : «Communication financière : levier de confiance ou simple obligation réglementaire ?».
Réunissant régulateurs, institutions publiques, opérateurs de marché, dirigeants d'entreprises cotées, experts de la gouvernance et professionnels de la finance, cette rencontre a mis en évidence une conviction désormais largement partagée : dans un environnement marqué par les incertitudes géopolitiques, la transformation numérique et l'évolution rapide des attentes des investisseurs, la qualité de l'information financière est devenue un actif stratégique.
Au-delà du respect des obligations de publication, elle est désormais perçue comme un levier de création de valeur, de renforcement de la confiance et d'amélioration de l'attractivité de la place financière marocaine. Les interventions des différents responsables ont montré que cette évolution dépasse largement le cadre des marchés boursiers. Elle concerne l'ensemble de l'écosystème financier, des finances publiques aux banques, en passant par les compagnies d'assurances, les investisseurs institutionnels et les entreprises cotées. Tous défendent une même ambition : faire de la transparence un avantage compétitif au service du financement de l'économie.
L'information financière au cœur du financement de l'économie
Ouvrant les travaux, Mohamed Tarik Bchir, directeur du Trésor et des Finances extérieures, a établi un lien direct entre transparence financière et développement économique. «Je crois qu'il existe une corrélation très forte entre l'information financière et le développement des marchés de capitaux. Plus il y a de transparence, plus il y a de communication financière, plus les marchés de capitaux se développent», souligne-t-il.
Pour lui, cette dynamique dépasse largement la sphère financière, puisqu'elle conditionne la capacité des marchés à financer durablement l'économie nationale. Le responsable a rappelé que la Direction du Trésor et des Finances extérieures joue désormais un rôle central dans la mobilisation des ressources destinées au financement de l'économie, dans un contexte où les besoins d'investissement augmentent sous l'effet des grands chantiers engagés par le Royaume.
Face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la volatilité des cours des matières premières, Mohamed Tarik Bchir a également insisté sur la solidité des fondamentaux macroéconomiques du Maroc. Inflation maîtrisée, amélioration continue des finances publiques, réserves de change couvrant près de six mois d'importations, progression des recettes fiscales et succès des émissions du Trésor sur les marchés internationaux constituent, selon lui, autant d'indicateurs rassurants pour les investisseurs. «Tous ces éléments montrent que l'économie marocaine traverse une période particulièrement favorable et qu'elle fait preuve d'une grande résilience», note-t-il.
Il a également mis en avant la dynamique observée sur le marché des capitaux, marquée par la progression des volumes de transactions, les opérations d'augmentation de capital et le développement du marché obligataire. Cette évolution témoigne, selon lui, de besoins de financement importants qui nécessitent un marché toujours plus transparent, performant et crédible. A cet égard, les rendez-vous internationaux qui attendent le Maroc d’ici fin 2026, notamment l'évaluation du secteur financier par le FMI et la Banque mondiale dans le cadre du Programme d'évaluation du secteur financier (FSAP), ainsi que l'évaluation du Maroc dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (GAFI) renforceront encore les exigences en matière d'information financière. Cette vision est largement partagée par Bank Al-Maghrib.
Adjointe au Directeur de la supervision bancaire à la Banque centrale, Ilham Zainane a rappelé que l'information financière est désormais au cœur du fonctionnement des marchés. «L'information financière est devenue un élément primordial du bon fonctionnement des marchés dans un environnement économique et financier de plus en plus complexe», affirme-t-elle. Au-delà de la conformité réglementaire, elle constitue un instrument d'évaluation des risques, d'allocation efficiente des ressources et de renforcement de la confiance des investisseurs.
La représentante de Bank Al-Maghrib a souligné les efforts déployés par l'institution pour doter le secteur bancaire d'un cadre réglementaire aligné sur les meilleures pratiques internationales. Les exigences prudentielles, les normes comptables IAS/IFRS et les principes du Comité de Bâle constituent aujourd'hui le socle de cette démarche, progressivement enrichie pour intégrer les risques climatiques ainsi que les nouvelles exigences de communication liées au développement durable.
Pour accompagner cette évolution, Bank Al-Maghrib estime que les défis à venir concernent autant la qualité des données que la digitalisation de l'information financière, la cybersécurité ou encore le développement du reporting extra-financier. Pour Zainane, «ces défis nécessitent une mobilisation collective de l'ensemble des acteurs de l'écosystème financier afin de continuer à renforcer la qualité de l'information financière, véritable socle de la confiance, de la stabilité des marchés et du financement durable de l'économie».
Vers une nouvelle culture du dialogue avec les investisseurs
Même constat du côté de la Bourse de Casablanca. Son président du Conseil d'administration, Brahim BenjellounTouimi, estime que les profondes modernisations engagées ces dernières années (lancement du marché à terme, mise en service de la chambre de compensation et modernisation des infrastructures) constituent une étape importante, mais ne suffisent pas à elles seules à transformer durablement la place financière. Pour lui, le véritable facteur différenciant réside désormais dans la qualité de la communication des entreprises avec leurs investisseurs.
«La communication financière est aujourd'hui bien davantage qu'un simple exercice de conformité. Elle constitue un levier stratégique de création de valeur et de confiance», fait-il savoir. Selon lui, les entreprises doivent désormais adopter une communication plus ouverte, plus prospective et davantage tournée vers le dialogue. Il plaide notamment pour une communication fondée sur des objectifs crédibles, des hypothèses clairement expliquées et une vision de moyen terme, tout en faisant du trilinguisme (arabe, français et anglais) un standard de la place financière. Cette évolution implique, selon lui, un véritable changement de culture.
«Nous devons passer d'une culture de la publication à une culture du dialogue, d'une logique de conformité à une logique de conviction, d'une communication défensive à une communication créatrice de confiance», affirmet-il. Une transformation qu'il juge indispensable si le Maroc veut accélérer son ambition de rejoindre durablement le cercle des marchés émergents et renforcer son attractivité auprès des investisseurs internationaux. Le président de l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) a, pour sa part, élargi la réflexion à l'ensemble des institutions financières. Dans des secteurs où la confiance constitue le fondement même de la relation avec les assurés et les affiliés, l'information financière devient un véritable outil de stabilité et de protection des parties prenantes.
«La question n'est plus de savoir si la communication financière constitue uniquement une obligation réglementaire, mais dans quelle mesure elle est devenue un véritable levier de confiance, de création de valeur et de résilience pour les institutions, les marchés et, plus largement, pour l'économie», souligne Abderrahim Chaffai. Le responsable a rappelé que les organismes supervisés par l'ACAPS gèrent des engagements de long terme concernant plusieurs millions de citoyens.
La qualité des informations publiées permet donc non seulement d'évaluer leur situation financière, mais aussi leur capacité à faire face aux risques économiques, climatiques, technologiques et actuariels. Il a détaillé les importantes réformes prudentielles actuellement conduites par l'Autorité, notamment la mise en œuvre progressive de la Solvabilité basée sur les risques, le développement du Pilier III consacré à la transparence, ainsi que le renforcement des exigences relatives à la qualité et à la traçabilité des données. Au-delà des aspects techniques, l'ACAPS insiste également sur le développement de la culture financière afin que les citoyens soient en mesure de mieux comprendre les informations qui leur sont communiquées.
«Dans un monde où la confiance constitue un capital stratégique, la communication financière dépasse désormais le cadre de la simple conformité réglementaire. Elle est devenue un levier de confiance, d'attractivité, de compétitivité et de stabilité financière, au service d'un développement durable de notre système financier», indique-t-il. Au fil des interventions, un consensus s'est ainsi dégagé : la communication financière n'est plus une fonction accessoire des entreprises ou des institutions. Elle devient un élément structurant de la gouvernance, un vecteur d'attractivité pour les investisseurs et un facteur de compétitivité pour la place financière marocaine.
Cette première édition du Symposium de l'information financière aura également mis en évidence le fait que les attentes des investisseurs ne se limitent plus à la publication de chiffres. Ils recherchent désormais une information lisible, régulière, prospective et crédible, capable d'éclairer leurs décisions dans un environnement de plus en plus complexe. À quelques années de l'échéance de 2030 et alors que le Maroc poursuit la modernisation de son système financier, les différents intervenants ont convergé vers une même ambition : faire de la transparence un avantage compétitif, de la communication financière un outil de gouvernance et de la confiance un véritable moteur de développement des marchés de capitaux.