Après l’euphorie de 2025, la Bourse de Casablanca a abordé 2026 sur un mode plus exigeant. D’abord engagée dans une phase de correction et d’arbitrages, elle a ensuite été secouée en mars par le choc géopolitique au Moyen-Orient. Bilan du trimestre.
Par Y. Seddik
Volatilité. C’est sans doute le mot qui résume le mieux ce premier trimestre à la Bourse de Casablanca. Après une année 2025 euphorique, le marché a entamé le nouvel exercice sur un mode plus sélectif, avec en toile de fond des prises de bénéfices, un rebond des rendements obligataires et des valorisations devenues plus exigeantes sur plusieurs grandes capitalisations.
Avant même que le Moyen-Orient ne s’invite brutalement dans l’équation, le MASI montrait déjà des signes d’essoufflement. Cette phase de normalisation a constitué le premier temps fort du trimestre. Fin février, ce mouvement correctif était clairement installé.
Le MASI évoluait alors autour de 18.140 points, sur une baisse d’environ 4% depuis le début de l’année, tandis que les volumes traités sur le marché central ressortaient en retrait par rapport à la même période de 2025. Le marché ne décrochait pas encore, mais il était déjà entré dans une séquence de digestion après le rallye précédent, surtout avec des taux qui remontaient début janvier. Autrement dit, le trimestre n’a pas commencé avec la guerre; il a commencé avec un marché qui reprenait son souffle.
C’est en mars que la physionomie du trimestre a rapidement changé. L’escalade au Moyen-Orient a alors agi comme un accélérateur de baisse, en ravivant immédiatement le risque énergétique et en poussant les investisseurs à réévaluer plus sévèrement leurs scénarios. Le 3 mars, le MASI a brutalement décroché dans le sillage des tensions régionales, au point que nous évoquions un repli de près de 10% en deux séances depuis l’escalade USA-Iran.
La guerre n’a donc pas créé la correction du trimestre, mais elle l’a durcie, amplifiée et rendue beaucoup plus violente. Le reste du mois a toutefois montré que la place casablancaise n’était pas entrée dans une spirale de capitulation. Après avoir touché des niveaux de stress marqués, le marché a rebondi par à-coups. Le 16 mars, le MASI terminait en hausse de 0,51% à 16.942,50 points. Le 18 mars, il gagnait 2,62% à 17.512 points, effaçant près de 60% des pertes subies depuis le déclenchement de la guerre, avant de reperdre 1,53% le 19 mars à 17.243,58 points, ce qui laissait la contreperformance annuelle à -8,50%.
Ce profil montre bien la nature d’un marché fragilisé, très sensible aux nouvelles extérieures, mais encore capable de reprises techniques dès que la pression se desserre, puisque les fondamentaux restent solides. Le Conseil de Bank Al-Maghrib du 17 mars a, dans ce contexte, apporté un point d’ancrage. En maintenant le taux directeur à 2,25%, la Banque centrale a confirmé qu’elle ne souhaitait pas ajouter de choc monétaire domestique à une séquence déjà dominée par l’incertitude internationale.
Ce statu quo n’a pas changé la tendance de fond du trimestre, mais il a contribué à stabiliser le cadre de lecture pour les investisseurs, à un moment où la volatilité provenait surtout de l’extérieur. Au final, le premier trimestre 2026 peut se lire en trois temps. Janvier et février ont été ceux de la correction et des arbitrages, dans le sillage d’une année 2025 très porteuse. Début mars a marqué la rupture, avec l’irruption de la guerre au Moyen-Orient comme facteur de stress majeur sur le marché marocain via le canal énergétique et la remontée de l’aversion au risque.
La deuxième moitié du mois, enfin, a montré un marché en reconstruction, encore nerveux, mais capable de reprendre une partie du terrain perdu. En trois mois, la Bourse de Casablanca est donc passée d’un marché qui corrigeait ses excès à un marché suspendu aux soubresauts du Moyen-Orient. Une piqûre de rappel brutale, après l’euphorie de 2025.