Meqnes : «Notre ambition est de faire de la marque une référence de l’excellence marocaine à l’international»

Meqnes : «Notre ambition est de faire de la marque une référence de l’excellence marocaine à l’international»

Première marque marocaine de maroquinerie de luxe à avoir percé grâce au financement participatif, Meqnes poursuit sa trajectoire de croissance avec le lancement de Meqnes Cosmetic. Entretien avec son fondateur et CEO, Kamal Jahid.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Comment est née cette aventure entrepreneuriale et quelle est l’histoire derrière le choix du nom «Meqnes» ?

Kamal Jahid : Le Maroc possède un savoir-faire exceptionnel, mais il est souvent sousestimé lorsqu’il s’agit de produits de luxe. Après plusieurs années passées à l’étranger, j’ai réalisé que de nombreux consommateurs associaient spontanément le luxe à l’Italie ou à la France, alors que le Maroc dispose lui aussi d’une tradition artisanale riche et d’artisans parmi les meilleurs au monde. J’ai voulu créer une marque capable de raconter cette histoire différemment, en proposant des produits qui respectent les standards internationaux du luxe tout en étant profondément enracinés dans notre héritage culturel. Le nom «Meqnes» est un hommage à ma ville natale, Meknès. C’est une ville impériale marquée par son architecture, ses mosaïques géométriques et son histoire. Je souhaitais que chaque produit porte une partie de cette identité marocaine et raconte une histoire authentique. Le nom intrigue souvent les consommateurs internationaux, ce qui ouvre naturellement la porte à une conversation sur le Maroc, son artisanat et sa culture.

 

F.N.H. : Dès le lancement de Meqnes, vous avez fait le choix du financement participatif via Kickstarter. Au-delà de l’aspect financier, que vous a apporté cette expérience en matière de validation du concept et de structuration de votre vision entrepreneuriale ?

K. J. : Le crowdfunding a été une étape déterminante. Bien sûr, il nous a permis de financer les premières productions, mais son apport principal a été la validation du marché. Lorsque des personnes que vous ne connaissez pas, situées aux quatre coins du monde, décident de soutenir votre projet avant même que le produit n’existe, cela constitue une preuve extrêmement forte que vous répondez à un besoin réel. Cette expérience m’a également appris à raconter une histoire, à construire une marque avant même de vendre un produit. Nous avons compris très tôt que les consommateurs n’achètent pas seulement un objet, ils adhèrent à une vision et à des valeurs. Kickstarter nous a obligés à clarifier notre proposition de valeur et à structurer notre développement avec beaucoup plus de rigueur.

 

F.N.H. : Comment construisez-vous cet équilibre entre identité locale, innovation et exigences des marchés internationaux ?

K. J. : Notre philosophie est de préserver l’authenticité tout en répondant aux attentes des consommateurs modernes. Nous travaillons avec des artisans marocains dont le savoirfaire est transmis depuis plusieurs générations. En parallèle, nous accordons une attention particulière au design, à la fonctionnalité et à l’expérience client. Par exemple, nos ceintures réversibles associent une fabrication artisanale traditionnelle à des innovations pratiques comme les boucles interchangeables ou les systèmes réversibles. Nous ne cherchons pas à opposer tradition et modernité. Au contraire, nous pensons que l’innovation est un moyen de faire rayonner davantage notre héritage culturel. Notre ambition est de créer des produits capables de rivaliser avec les meilleures marques internationales tout en conservant une identité profondément marocaine.

 

F.N.H. : Après avoir consolidé votre position dans la maroquinerie de luxe, vous avez lancé Meqnes Cosmetic. Qu’est-ce qui a motivé cette diversification et quelles synergies avez-vous identifiées entre ces deux univers ?

K. J. : À première vue, la maroquinerie et les cosmétiques semblent appartenir à deux univers différents. Pourtant, ils partagent un point commun fondamental : celui de la valorisation du patrimoine marocain. Le Maroc possède des ressources naturelles exceptionnelles, notamment l’huile d’argan, reconnue mondialement pour ses propriétés. Nous avons vu une opportunité de prolonger la mission de Meqnes en faisant découvrir une autre facette du savoir-faire marocain. La synergie réside dans les valeurs de la marque, à savoir qualité, authenticité, artisanat et excellence. Que nous parlions d’un accessoire en cuir ou d’un produit cosmétique, notre objectif reste le même, à savoir proposer une expérience premium inspirée du Maroc et adaptée aux attentes des consommateurs internationaux.

 

F.N.H. : Le financement a accompagné différentes étapes du développement de Meqnes, du crowdfunding à l’entrée d’investisseurs. Comment avez-vous structuré cette trajectoire financière et quels sont aujourd’hui les leviers nécessaires pour soutenir votre croissance et votre diversification ?

K. J. : Nous avons adopté une approche progressive. Le crowdfunding a permis de valider le marché et de financer les premiers développements. Par la suite, l’entrée d’investisseurs nous a apporté les ressources nécessaires pour accélérer notre croissance, élargir notre gamme de produits et renforcer notre présence internationale. Aujourd’hui, les principaux leviers de croissance sont l’innovation produit, le développement du commerce en ligne, l’expansion internationale et la construction d’une marque forte capable de fidéliser sa clientèle sur le long terme. Nous accordons également beaucoup d’importance à la rentabilité et à la création de valeur durable. Notre ambition n’est pas simplement de croître rapidement, mais de bâtir une marque qui puisse traverser les générations.

 

F.N.H. : Avec le recul, quelles ont été les étapes les plus structurantes dans l’évolution de Meqnes et dans son positionnement sur le segment du luxe ?

K. J. : Je pense que trois étapes ont été particulièrement structurantes. La première a été le lancement réussi de notre campagne Kickstarter, qui a confirmé l’existence d’un marché international pour nos produits. La deuxième a été notre visibilité dans des médias internationaux prestigieux tels que Forbes, GQ ou Vanity Fair. Cette reconnaissance a renforcé notre crédibilité et notre positionnement premium. Et enfin, l’arrivée d’investisseurs stratégiques nous a permis de passer d’une logique de projet entrepreneurial à une véritable vision de construction de marque à long terme. Chaque étape nous a poussés à élever nos standards, tant au niveau du produit que de l’expérience client.

 

F.N.H. : Vous avez fait évoluer Meqnes, initialement marque de maroquinerie, vers l’univers de la beauté. Cette diversification répond-elle à une opportunité de marché ou à la volonté de valoriser davantage le savoirfaire marocain ? Quelle est aujourd’hui votre vision pour les prochaines étapes de développement de la marque ?

K. J. : Les deux dimensions sont intimement liées. Nous avons identifié une opportunité de marché, mais cette diversification est avant tout cohérente avec notre mission. Depuis le premier jour, Meqnes n’a jamais été simplement une marque de produits. Notre ambition est de construire une marque marocaine premium capable de faire rayonner le savoir-faire, les matières premières et la créativité du Maroc à l’international. La maroquinerie nous a permis de raconter une première histoire. Les cosmétiques nous permettent aujourd’hui d’en raconter une autre. À long terme, je souhaite que Meqnes devienne une marque de référence associée à l’excellence marocaine, capable d’évoluer dans différents univers tout en conservant la même exigence de qualité, d’authenticité et d’innovation. Notre objectif est de démontrer qu’une marque née au Maroc peut non seulement rivaliser avec les grandes marques internationales, mais aussi devenir une source de fierté et d’inspiration pour toute une nouvelle génération d’entrepreneurs. 

 

 

 

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