Soutien au pouvoir d’achat: le gouvernement peut-il mieux faire ?

Soutien au pouvoir d’achat: le gouvernement peut-il mieux faire ?

Les Marocains assistent à une hausse généralisée des prix sans précédent.

Pour plusieurs observateurs, le gouvernement ne fait pas assez pour préserver le pouvoir d’achat des ménages, qui est pourtant au centre des orientations de la Loi de Finances 2022.

 

Par Youssef Seddik

Mécontents et impuissants face à une hausse généralisée des prix, les ménages marocains ont désormais du mal à joindre les deux bouts, avec un pouvoir d’achat laminé. D’ailleurs, la dernière enquête de conjoncture auprès des ménages du haut-commissariat au Plan (HCP) révèle qu’au deuxième trimestre, 79,2% des ménages déclarent une dégradation du niveau de vie, au moment où la quasi-totalité des ménages (99,2%) ressentent une nette hausse des prix des produits alimentaires au cours des 12 derniers mois. Une situation fragilisante à laquelle le gouvernement n'est pas resté complètement insensible.

Quelques mesures de soutien à la consommation ont été mises en œuvre pour limiter l’incidence de l’inflation importée. Il s’agit notamment de la prise en charge de l’augmentation des prix des biens subventionnés par la Caisse de compensation, du maintien des prix de l’électricité et du soutien apporté aux professionnels du transport ainsi qu’aux agriculteurs et éleveurs. Ces mesures sont-elles suffisantes pour redonner, ou du moins maintenir le pouvoir d’achat des Marocains ? Affirmatif du côté de l’Exécutif qui, par la voix de son porteparole, Mustapha Baitais, a affirmé que le gouvernement n'a pas été passif et a pris des mesures «solides» pour soutenir le pouvoir d'achat.

Baitas a récemment souligné que le gouvernement a pris un certain nombre de mesures afin d'atténuer l’impact de la hausse des prix du carburant sur les citoyens, en accompagnant les professionnels du transport par une enveloppe dotée d'environ 2,2 milliards de DH. Et de préciser qu’«il est aisé de recourir à une solution de subvention, mais nous ne l'avons pas fait, comme cela s'est produit en 2014, quand 15 milliards de DH ont été annulés du budget d'investissement, ce qui a fait stopper un certain nombre de projets structurants».

 

Carburants : sujet «inflammable»

Mais là où le bât blesse, c’est au sujet de la hausse des prix des carburants. C’est désormais une source de discorde entre la population et les élus. D’ailleurs, un mouvement contestataire a envahi les réseaux sociaux ces derniers jours. Sous les hashtags «#7DH_gasoil», «#8DH_ essence» ou encore «#Dégage_ Akhannouch», les internautes sont montés au créneau pour dénoncer la cherté des prix à la pompe au moment où ceux du Brent ont nettement baissé.

Pour Baitas, «la méthode de calcul du prix du carburant sur le marché international est claire, et puisque le Maroc l'importe, il y a des dépenses supplémentaires liées au transport et à la taxe sur la valeur ajoutée». Concernant la raffinerie «Samir», il a souligné qu’elle n'est qu'une partie de la solution et non toute la solution, car elle stocke environ 800 millions de litres, mais sa situation est compliquée, puisqu’elle fait l'objet d'un litige judiciaire et d'un arbitrage international, sans compter ses dettes s’élevant à 45 milliards de DH.

Si le retour à la subvention est désormais sujet clos tout comme la réactivation de la Samir, le levier fiscal est toujours une alternative pour alléger le coût sur le consommateur. Ceci passera notamment par la baisse des taxes appliquées aux carburants, qui génèrent des revenus proportionnels aux prix et qui gonflent les caisses de l’État. Notons que les recettes fiscales ont bondi de 22% au premier semestre (+23,5 milliards de DH). Au-delà de la baisse des taxes, demeure également la possibilité d’accorder une ristourne aux automobilistes pour alléger ce fardeau. Chose faite par plusieurs pays.

 

Ce que font les autres pays pour protéger le pouvoir d’achat ?

Outre-mer, les pays multiplient les mesures pour tenter de limiter l'impact de la hausse des prix sur le pouvoir d'achat des ménages. En France, tout un projet de loi a été présenté à l’Assemblée nationale  : prime transport, plafonnement des prix des loyers, hausse des pensions de retraite…, tout y est. L'Allemagne, où l'inflation atteignait 7,9% propose une ristourne de 35 centimes sur un litre d'essence. Autre mesure : le versement exceptionnel de 300 euros à tous les salariés imposables et de 100 euros supplémentaires aux ménages les plus pauvres.

En Italie, on retrouve aussi la ristourne sur le carburant ou encore un bonus de 200 euros pour les 28 millions d'Italiens ayant des revenus inférieurs à 35.000 euros. En définitive, plusieurs questions légitimes restent en suspens  : avec des finances plutôt confortables, le gouvernement lésinet-il sur les moyens pour soutenir les ménages  ? L’aide octroyée aux transporteurs est-elle efficace ? Le gouvernement peut-il faire plus dans ce sens ? 

 

 

 

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