Pénurie d’eau: état d’urgence hydrique !

Pénurie d’eau: état d’urgence hydrique !

Le ministère de l’Equipement et de l’Eau agit actuellement sur deux principaux leviers : la protection et l’efficacité hydriques.

Les technologies innovantes, comme notamment le dessalement de l’eau de mer, semblent être une alternative crédible face à la baisse constante des apports en eau due au changement climatique.

 

Par D. William

Faiblesse des précipitations, épisodes de sécheresse de plus en plus récurrents, déficit sévère des bassins hydrauliques, niveau des nappes phréatiques qui recule de 2 à 3 mètres par an … : c’est le panorama de la situation hydrique au Maroc. Une situation d’autant plus alarmante que la disponibilité des ressources en eau dans le Royaume est passée de 2.560 m3 en 1960 à moins de 620 m3 en 2022, soit un niveau en deçà du seuil de pénurie fixé à 1.000 m3/hab/an. Et l’on s’achemine vers le seuil de 500 m3/ hab/an.

C’est pourquoi la gestion des ressources hydriques a été érigée en priorité nationale, comme en témoigne le programme national pour l’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, qui mobilise des investissements de l’ordre de 115,4 milliards de dirhams. La problématique de l’eau cristallise actuellement tous les débats. En témoigne le Symposium de l’eau, organisé ce mercredi 5 octobre 2022 par Finances News Hebdo, en partenariat avec le ministère de l'Equipement et de l'Eau et le ministère de l'Industrie et du Commerce. Tenu sous le thème «Efficacité et sécurité hydriques au Maroc : Tous responsables !», cet événement important a réuni tous les acteurs de l’écosystème concerné par cette problématique.

Il s’est décliné en trois tables-rondes qui ont permis d’aborder le stress hydrique au Maroc dans toutes ses dimensions. La première table-ronde s’est penchée sur «les politiques publiques en matière de protection des ressources et d’efficacité hydriques»; la seconde a porté sur «les bonnes pratiques en matière de gouvernance et de contrôle de l’eau»; et la dernière sur «les partenariats public-privé dans la gestion des ressources hydriques». Dans son intervention, le ministre de l’Equipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a tenu d’emblée à planter le décor.

«Le Maroc est classé au 23ème rang mondial pour ce qui est de l’exposition aux risques hydriques», a-t-il affirmé, soulignant que «2022, qui est la 4ème année consécutive de sécheresse, a été particulièrement sèche, avec une baisse de plus de 80% des apports en eau. Cette année a également été très chaude, avec des niveaux de température qui ont dépassé les moyennes habituelles d’environ 1 degré. Tout cela touche bien évidemment le consommateur et les agriculteurs, en plus de menacer les générations futures».

Selon lui, face aux changements climatiques sur lesquels les gouvernements n’ont aucune emprise, il y a deux éléments essentiels auxquels il faut prêter attention. Le premier concerne la protection hydrique, autrement dit protéger les citoyens contre la soif, les inondations et le manque de produits alimentaires (puisque les agriculteurs sont touchés par la sécheresse). Il s’agit aussi de protéger les générations futures, en rapport notamment avec les nappes phréatiques. «Nous avons eu cette année une baisse encore plus importante des nappes phréatiques, qui a atteint dans certains endroits jusqu’à six mètres contre une baisse moyenne de 3 par an».

Le second élément a trait à l’efficacité hydrique : ce qui suppose «mieux consommer, mieux produire et moins rejeter, c’est-à-dire moins gaspiller. C’est à ce titre que nous avons lancé une campagne importante intitulée «’’Stop au gaspillage’’», note-t-il. En cela, fait remarquer le ministre, «nous nous retrouvons parfois avec beaucoup d’eau au niveau des grands barrages que nous sommes obligés de rejeter en mer afin d’éviter les risques de destruction de ces ouvrages suite aux inondations qui peuvent subvenir». Ainsi, fait-il savoir, «1 milliard de mètres cubes d’eau est rejeté en mer tous les ans au Maroc. En 2022, malgré la faible pluviométrie et la baisse des apports, nous avons lâché 500 millions de m3 au niveau du barrage Wahda».

 

Multiplication des initiatives

Face au déficit hydrique sévère qui frappe le Maroc, les pouvoirs publics multiplient les initiatives. Actuellement, pas pas moins de 16 barrages sont en cours de construction. «Nous allons également démarrer une opération de transfert de l’eau disponible à partir du bassin de Sebou et du Bouregreg. De cette manière, des villes comme Casablanca pourront être mieux sécurisées sur le plan hydrique», confie Baraka. Les actions portent aussi sur le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées, une meilleure connexion entre les différents bassins, une meilleure valorisation des ressources en eau dans le secteur agricole et dans les zones industrielles, la protection des nappes phréatiques…

En cela, «nous sommes en outre en train de cartographier et de répertorier les différentes nappes phréatiques. Nous réfléchissons également à la pose de compteurs au niveau des puits afin de rationaliser leur exploitation», souligne le ministre, qui a tenu à saluer les efforts du Groupe OCP en matière de promotion de la technique de dessalement de l’eau, étant donné que tous ses sites industriels seront alimentés, à terme, uniquement par des stations de dessalement dédiées. Pour Baraka, l’action publique ne saurait cependant suffire pour faire face à cette problématique de l’eau qui va perdurer et qui risque de s’aggraver. C’est pourquoi il appelle à la mobilisation de tous les citoyens.

 

Urgence dans la région Casablanca-Settat

La consommation en eau au niveau de Casablanca-Settat est la plus élevée du Royaume. Cette région est très touchée par le stress hydrique. «En 2025, est attendu un déficit de 330 millions de m3, qui va être porté à 417 millions de m3 en 2030 si rien n’est fait», alerte Abdellatif Maâzouz, qui appelle à agir urgemment. Le président de la région assure qu’il a pris la mesure de la gravité de la situation, puisque «9 Mds de DH ont été mobilisés à ce titre dans le cadre du Programme de développement régional». D’ailleurs, «un programme d’une quarantaine de petites et moyennes stations de dessalement a été lancé pour 1,4 Md de DH», poursuit-il.

Il est aussi question d’améliorer le réseau de distribution de l’eau potable pour réduire les pertes estimées actuellement à 20%. De même, «nous sommes en train de mettre en place deux grands collecteurs qui permettront la récupération et le recyclage de l’eau. A ce titre, une ville aussi verte que Rabat, qui dispose d’un collecteur très efficient, représente, pour nous, un véritable exemple à dupliquer pour notre région», estime Maâzouz, qui conclut que «la problématique de l’eau est aujourd’hui sérieusement prise en charge aux niveaux central, régional et local».

 

Le dessalement, l’alternative

Le problème de l’eau n’est pas spécifique au Maroc, c’est une problématique mondiale. Pour le Directeur général de l’ONEE, Abderrahim El Hafidi, «les facteurs exogènes, comme le changement climatique et la sécheresse, tendent à montrer que notre modèle de gestion hydrique a montré ses limites, puisqu’il dépend de facteurs sur lesquels on n’a pas de maîtrise». Rien que pour la production de l’eau potable, le Maroc dépend à 97% des eaux de barrage et des eaux souterraines, fait-il savoir. D’où la nécessité de réduire cette dépendance vis-àvis de cette variabilité des apports. Pour le patron de l’ONEE, l’avenir du Maroc est dans les technologies innovantes. Autrement dit, le dessalement. Cela tient au fait que le Maroc a fait des «pas de géant» dans ce domaine.

«Auparavant, le coût de production du mètre cube était trop élevé en raison du prix de l’énergie (qui représente 45% du coût de production du mètre cube). Actuellement, ce n’est plus le cas, d’autant qu’avec les avancées réalisées par le Royaume dans le domaine des énergies renouvelables, le kwh est très compétitif». Les propos de Mohammed Jalil, expert hydrologue, vont dans le même sens  : «la variabilité climatique va s’exacerber, et c’est un phénomène mondial». «Le changement climatique a pour conséquence des risques de crises majeures auxquelles le Maroc doit se préparer», ajoute-t-il, d’où la «nécessité de placer la question de la variabilité hydrique au centre des priorités nationales».

Si Mohammed Jalil adhère au dessalement, il relève néanmoins que cette technologie a un effet certain sur l’explosion des coûts énergétiques. C’est pourquoi il appelle à «réfléchir davantage à l’utilisation de l’énergie nucléaire afin de pouvoir dessaler à moindre coût». Le constat est là  : politiques, pouvoirs publics, opérateurs privés, experts…, tous reconnaissent que le Maroc est dans une situation d’urgence hydrique extrême. Tous reconnaissent aussi qu’il ne faut pas seulement agir sur l’offre, mais également sur la demande, en sensibilisant notamment les populations. Car, in fine, les politiques publiques déployées n’auront véritablement d’effet que si les citoyens y adhèrent. C’est l’un des messages forts de ce Symposium de l’eau qui a été de haute facture, le niveau des débats ayant été relevé par la qualité des intervenants. Seul bémol, qui n’a cependant rien enlevé à la réussite de l’événement  : l’absence remarquée des ministères de l’Agriculture et de l’Energie, pourtant bien au cœur de cette problématique de l’eau.

 

 

 

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