Machinisme agricole: le constat alarmant des professionnels du secteur

Machinisme agricole: le constat alarmant des professionnels du secteur

Les ventes s’inscrivent ces dernières années dans une tendance baissière.

Outre la sécheresse et les difficultés d’accès au crédit, les acquéreurs seront impactés par une nouvelle disposition fiscale.

 

Par C. Jaidani

Pour améliorer la productivité, la qualité et augmenter la production, l’agriculture nationale table sur la mécanisation. A cet égard, de nombreuses dispositions ont été lancées, notamment des formules de financement adaptées et des subventions dédiées. Au cours de la période 2009-2013 qui a marqué le démarrage du Plan Maroc Vert, les ventes de tracteurs agricoles, véritable baromètre de l’activité, ont atteint une moyenne de plus de 4.500 unités/an, avant de chuter à 2.529 unités en 2018, puis passer à 1.119 en 2022, enregistrant un recul de 43% par rapport à 2021.

Certes, les dernières années ont été difficiles à cause notamment de la sécheresse sévère ayant impacté les capacités d’investissement des agriculteurs, mais cela n’explique pas la morosité du secteur. Selon l’Association marocaine des importateurs de machines agricoles (Amima), «le marasme que connaît l’activité ne date pas d’aujourd’hui, et il n’est pas lié uniquement à la pluviométrie, car même dans les années de bonnes récoltes, les ventes sont en berne. Les agriculteurs, dont la quasitotalité dépend du crédit pour s’équiper, trouvent beaucoup de difficultés pour s’octroyer le financement et la subvention».

Regroupant une dizaine d’importateurs, l’Amima a déjà, par le passé, appelé à mettre en place un mécanisme plus simple pour assouplir les conditions de financement. Il est question aussi d’investir de nouvelles pistes pour booster les ventes, comme la diversification des modes d’acquisition de matériel. Le leasing agricole s’avère une alternative aux modes classiques afin de donner une nouvelle impulsion à l’activité, mais sa part dans le financement total est insignifiante. En effet, avec les complications liées aux statuts fonciers et la faiblesse des immatriculations, de nombreux fellahs ne sont pas éligibles au financement. Certains exploitants ont des propriétés titrées, mais leurs parts sont dans l’indivision. Et pour pouvoir obtenir un crédit, ils doivent recueillir l’aval des autres co-propriétaires. En outre, les exploitants seront impactés à partir de cette année par le renchérissement du coût d’acquisition du matériel agricole sous l’effet d’une disposition fiscale imposant l’application de la TVA à ces produits.

«Auparavant, pour le matériel destiné exclusivement à l’usage agricole, l’agriculteur bénéficiait d’office de l’exonération de la TVA. De même, les importateurs dédouanaient le matériel agricole en exonération de TVA et leurs réseaux de distribution pouvaient acquérir ce matériel en hors taxe pour fournir les agriculteurs. La mise en place par l’Administration d’un dispositif de bénéfice d’exonération de TVA (uniquement au profit de l’agriculteur au moment de l’achat sur présentation d’une attestation d’exonération) met en péril la situation des importateurs et leurs réseaux de distribution», explique-t-on auprès de l’Amima. En effet, ces derniers doivent supporter le coût de la TVA à l’importation et à l’intérieur, et attendre pendant une longue période son remboursement (récupération).

Cette situation grève l’état de leur trésorerie d’un crédit TVA qu’ils ne peuvent supporter, en plus des montants relatifs aux subventions réglés par délégation de créance. L’importateur-distributeur n’ayant pas la qualité d’exploitant agricole ne peut donc pas bénéficier d’une attestation d’exonération de la TVA à l’importation. Si ces nouvelles dispositions sont maintenues, elles porteront certainement atteinte au secteur du machinisme agricole et son écosystème, dans la mesure où les entités le constituant ne seront plus en mesure de faire face à leurs engagements financiers et leur obligation de s’approvisionner et d’approvisionner les agriculteurs en matériels agricoles. D’ailleurs, les ventes de ce secteur sont à l’arrêt depuis l’entrée en vigueur du décret de TVA en question. 

 

 

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