Industrie : la grande métamorphose du Royaume

Industrie : la grande métamorphose du Royaume

En moins de trois décennies, le Maroc a profondément transformé son appareil productif. Longtemps dominée par les phosphates et l'agriculture, son économie repose désormais sur une base industrielle diversifiée, portée par l'automobile, l'aéronautique, l'électronique ou encore les énergies renouvelables.

 

Par D. W.

A la fin des années 1990, les exportations marocaines demeuraient concentrées autour des phosphates et des produits agricoles. Aujourd'hui, les métiers mondiaux du Maroc (automobile, aéronautique, électronique, industries électriques, agroalimentaire et chimie) représentent la colonne vertébrale des exportations du pays. Selon l'Office des changes, l'automobile conserve son rang de premier secteur exportateur avec plus de 154 Mds de DH en 2025, devant les phosphates et leurs dérivés, avec une progression continue de la valeur des ventes à l'étranger.

Cette évolution traduit une diversification sans précédent de l'appareil productif. Cette mutation s'appuie sur une succession de politiques industrielles cohérentes, depuis le Plan émergence lancé en 2005 jusqu'à la nouvelle Charte de l'investissement, en passant par le Plan d'accélération industrielle.

A chaque étape, la logique reste la même : identifier les secteurs capables de créer de la valeur, attirer les grands donneurs d'ordre internationaux, développer un tissu de sous-traitants locaux et renforcer progressivement l'intégration industrielle.

Comme le souligne l’économiste Khalid Kabbadj, «cette mutation n'est pas le fruit du hasard. Elle repose sur une stratégie de long terme fondée sur la stabilité institutionnelle, une gouvernance économique cohérente, des investissements massifs dans les infrastructures et une politique industrielle structurée autour de métiers mondiaux capables d'attirer les investisseurs internationaux».

 

Le choix de l'automobile illustre parfaitement cette méthode

Lorsque Renault annonce, au début des années 2000, son intention d'implanter une usine de grande capacité à Tanger, beaucoup y voient un pari risqué. Le Maroc ne possède alors ni la tradition industrielle de certains pays d'Europe de l'Est, ni les coûts salariaux de plusieurs économies asiatiques. Pourtant, le projet repose sur un raisonnement différent. Les investisseurs ne recherchent plus seulement des coûts faibles, mais privilégient également la stabilité politique, la proximité des marchés européens, la qualité des infrastructures, la rapidité des chaînes logistiques et la capacité des Etats à accompagner leurs projets.

 

Le Maroc réunit progressivement ces conditions

L'ouverture de l'usine Renault Tanger marque un tournant historique. Pour la première fois, le Royaume accueille un site capable de produire plusieurs centaines de milliers de véhicules par an destinés presque exclusivement à l'exportation. Quelques années plus tard, Stellantis installe à son tour une unité de production à Kénitra. Entretemps, des centaines d'équipementiers internationaux s'implantent autour de ces deux pôles industriels.

Le véritable succès tient ainsi à la naissance d'un écosystème. Un constructeur automobile n'arrive jamais seul. Il entraîne avec lui des fabricants de sièges, tableaux de bord, moteurs électriques, faisceaux de câbles, systèmes électroniques, vitrages, pneumatiques, plastiques techniques ou encore de composants métalliques. Chaque implantation crée un effet d'entraînement qui bénéficie à des dizaines d'autres entreprises. Au fil des années, le taux d'intégration locale progresse régulièrement pour atteindre 69% actuellement, permettant à une part croissante de la valeur ajoutée d'être produite au Maroc.

 

L’aéronautique prend son envol

Le même phénomène s'observe dans l'aéronautique. A la fin du siècle dernier, ce secteur était quasiment inexistant. Aujourd'hui, le Maroc accueille un écosystème regroupant des centaines d'entreprises spécialisées dans la fabrication de pièces de moteurs, de structures métalliques, de matériaux composites, de systèmes électriques ou encore de câblages destinés aux principaux avionneurs mondiaux.

Boeing, Airbus, Safran, Spirit AeroSystems, Collins Aerospace ou Hexcel figurent parmi les groupes présents dans le Royaume, directement ou à travers leurs fournisseurs. Cette réussite est d'autant plus remarquable que l'industrie aéronautique figure parmi les plus exigeantes au monde. Les normes de qualité, les procédures de certification et les contraintes technologiques y sont particulièrement élevées. Le fait que le Maroc soit devenu, en moins de deux décennies, une base de production reconnue dans ce domaine témoigne du niveau atteint par son appareil industriel.

Dans le même sens, l'électronique, les industries électriques, la chimie, les matériaux de construction, les industries pharmaceutiques, l'agroalimentaire et les énergies renouvelables connaissent également une profonde mutation. Cette diversification répond à l’impératif de réduire la dépendance du pays à quelques secteurs traditionnels.

«Contrairement à de nombreux pays producteurs de matières premières, le Maroc a construit une base industrielle diversifiée capable de créer davantage de valeur ajoutée. Cette évolution constitue un facteur essentiel de résilience économique», note Kabbadj.

Les crises successives ont d'ailleurs renforcé cette conviction. La pandémie de Covid-19 a brutalement rappelé les risques liés à une dépendance excessive aux importations et a démontré que les capacités industrielles accumulées au cours des deux dernières décennies pouvaient également répondre à des enjeux stratégiques. Cette notion de souveraineté est aujourd'hui au cœur de la nouvelle politique industrielle. 

 

 

 

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