Hausse du Smig dans le privé: au-delà de l’effet d’annonce

Hausse du Smig dans le privé: au-delà de l’effet d’annonce

L’annonce de la hausse du Smig dans le secteur privé a été bien accueillie par une partie de l’opinion publique.

En revanche, l’avis de certains économistes laisse planer quelques doutes quant à l’impact de la valorisation du salaire minimum sur le pouvoir d’achat des salariés.

 

Par M. Diao

Plusieurs Etats développés et émergents érigent la préservation du pouvoir d’achat en priorité nationale. Faudrait-il le rappeler, la demande est une composante essentielle de la machine économique. A titre illustratif, en France, le Code du travail prévoit une revalorisation automatique du Smic (salaire minimum de croissance) en cours d'année lorsque l'indice des prix à la consommation (IPC) connaît une augmentation de plus de 2% par rapport à l'indice pris en compte lors de l'établissement du dernier montant du Smic.

Ce dispositif de l’Hexagone concourt à la préservation du pouvoir d’achat des citoyens, susceptible d’être rogné par des poussées inflationnistes, à l’instar de celles exacerbées par la guerre en Ukraine. Pour rappel, au Maroc, le gouvernement a signé le 30  avril 2022 (à la veille de la fête du travail du 1er  mai) un  accord social avec les principaux syndicats du pays et la CGEM autour du dispositif-phare portant sur l’augmentation du salaire minimum dans le privé et le public. Concrètement, l’accord prévoit, entre autres, une revalorisation du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) de 10% sur deux ans dans les secteurs de l’industrie, du commerce et des services, sachant que pour l’heure, le salaire minimum est fixé à 2.638 dirhams net. Le timing de la conclusion de l’accord tripartite n’est pas fortuit, puisque celui-ci est intervenu à quelques heures de la fête des travailleurs et dans un contexte marqué par la flambée des prix tant au niveau national qu’international.

Impact limité

Interpellé sur l’impact de cette mesure sur le tissu économique, l’économiste Azeddine Akesbi relativise, sous certains angles, la portée du nouveau dispositif. «Il faut tout d’abord garder à l’esprit que la population salariée, susceptible de bénéficier de cette mesure, demeure limitée par rapport à la population active occupée», analyse-t-il. Et d’ajouter : «En faisant le calcul de l’augmentation sur la fiche de paie des smigards dans le privé, l’on s’aperçoit que le montant est infime, surtout dans le contexte inflationniste que connaît notre pays suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie».

Par ailleurs, notons que ce sont près de 50.000 fonctionnaires qui devraient bénéficier de la valorisation du salaire minimum qui sera porté à 3.500 DH dans le public. Au-delà de ce rappel, Akesbi alerte sur le caractère structurel de la hausse des prix, qui devrait encore s’accentuer à l’avenir. Il appelle l’Etat à prendre des mesures, à l’aune des risques économiques et sociaux générés par la flambée des prix des hydrocarbures, dont le secteur prête toujours le flanc aux critiques en termes de gouvernance. Notre interlocuteur reconnaît qu’au regard de l’impact économique de la crise de la Covid-19 et de la hausse des prix des intrants causée par la guerre en Ukraine, la revalorisation du salaire minimum dans le secteur privé revient à demander un effort supplémentaire aux TPME, premières victimes collatérales de la pandémie.

«La hausse du Smig dans le secteur privé devrait être pensée de façon plus globale, en lien avec la pression fiscale supportée par les TPME et la compétitivité de nos entreprises», suggère l’économiste. Ce dernier minimise également l’effet de la hausse du smig dans le privé sur le pouvoir d’achat de la population cible ainsi que l’impact positif sur la consommation des ménages, composante-clef de la demande intérieure. Notons que si certains observateurs alertent sur les risques de la progression de l’informel suite à la hausse du salaire minimum dans le privé et la hausse des omissions des déclarations de salariés à la CNSS, Akesbi adopte une posture plus pondérée. Tout en soulignant l’effet marginal du nouveau dispositif, il rappelle que la problématique de l’informel qui perdure depuis des années et la question des salariés non déclarés à la CNSS sont beaucoup plus complexes et commandent à l’Etat d’apporter des solutions à la hauteur de leurs conséquences néfastes sur les plans économique et social. 

 

 

 

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