Plafonnement des prix du butane : quel impact sur le budget de l'État ?

Plafonnement des prix du butane : quel impact sur le budget de l'État ?

Entre 2024 et 2026, les économies totales attendues pour la compensation du gaz butane s'élèvent à 20 milliards de DH. Pour les experts, l’État a choisi prudemment le momentum pour enclencher la libéralisation des prix.

 

Par Y. Seddik

C'est la fin d'une ère pour les consommateurs marocains. Le 1er avril 2024 sonnera la fin de la subvention du gaz butane au Maroc. Le prix de la bouteille grimpera à 50 DH, amorçant une première augmentation progressive sur trois ans. Annoncée par le gouvernement en octobre 2023, cette décision s'intègre dans une réforme globale du système de compensation. L'objectif est double : mieux cibler les aides sociales et alléger la pression sur les finances publiques pour financer de nouveaux projets sociaux, notamment la généralisation de la protection sociale.

Selon une étude de SogéCapital Bourse, les économies sur le budget de l’État au cours des 3 prochaines années serait de 20 milliards de DH, dont 6 milliards de DH sont imputables au nouveau plafonnement des prix et 14 Mds de DH seraient relatifs à la baisse prévue des prix du gaz butane à l’international. Ceci offre en effet un éclairage sur les ajustements tarifaires à venir ainsi que les marges que le gouvernement pourrait dégager.

 «Nous pensons que le gouvernement, à l’instar de la décompensation du fioul opérée en 2015, a choisi prudemment le momentum pour enclencher la libéralisation des prix, de manière à ce que les perspectives soient stables et permettent à la population de ne pas ressentir de variations importantes au niveau des prix à court terme. En effet, malgré le contexte géopolitique instable, la décélération de l’économie chinoise pèse sur les prévisions des marchés des matières premières entre 2024 et 2026», expliquent-ils.

Ainsi, des hausses progressives du prix de la bonbonne de gaz de 12 kg sont attendues, passant de 40 à 50 dirhams en avril 2024, puis une hausse de 10 dirhams par an jusqu’en 2026. La bonbonne coûtera désormais 50 dirhams, et la différence entre ce montant et le prix réel, qui est actuellement d’environ 140 dirhams, soit 90 dirhams, continuera à être supportée par l’État. En clair, le consommateur devra payer en 2026 sa bonbonne de gaz à 70 dirhams. «L'augmentation du prix final pour le consommateur de 40 à 70 DH par bouteille de 12 kg double le seuil «de volatilité» des prix du gaz butane pour l’État. À 70 DH, ce dernier commence à subventionner les prix du butane uniquement s'ils dépassent le seuil de 600 $/ tonne (proche de la moyenne historique de 615 $/tonne), autrement il ne subventionnerait que les prix de la ‘supply chain’, très faiblement volatile», précise-t-on.

Caisse de compensation vs aides directes

La transition de la charge de compensation vers des aides directes est considérée comme un moyen efficace de faire face aux chocs internationaux et permettra, à terme, de réduire à la fois le niveau et la volatilité du déficit budgétaire. Actuellement, les dépenses liées à la charge de compensation représentent environ 11,2% des recettes fiscales, mais le gouvernement prévoit de les ramener à seulement 3% d'ici 2026. Ces dépenses sont non seulement élevées en valeur, mais aussi très volatiles.

Historiquement, ces subventions ont permis aux agents économiques de contrer les impacts des chocs internationaux, notamment sur des produits essentiels tels que le fioul, le gaz, le sucre et le blé. Mais depuis la libéralisation des prix du carburant en 2015, la Caisse de compensation n'a fait que peser lourdement sur les finances de l'État, avec un coût estimé à près de 175 milliards de dirhams par Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget. Plus encore, seulement 20% de cette somme ont bénéficié aux plus démunis, tandis que plus des deux tiers ont profité à des segments plus aisés de la population. Une distribution inégale des subventions qui a donc remis en question l'efficacité des politiques de compensation en termes de redistribution des ressources. 

 

 

 

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