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Economie

Climat des affaires : L’enquête choc du HCP

Climat des affaires : L’enquête choc du HCP
Jeudi 21 Novembre 2019 - Par Finances News

 

Les entreprises marocaines investissent peu, recrutent peu, ont peu recours aux financements externes, et n’ont pas une bonne image de l’Administration et des institutions financières : c’est le constat édifiant qui ressort de l’Enquête nationale 2019 auprès des entreprises réalisée par le HCP. Les détails.

 

Par A.E

 

Alors que la question de l’accès au financement des entreprises marocaines est plus que jamais au cœur des préoccupations des pouvoirs publics, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, les résultats d’une enquête réalisée par le haut-commissariat au Plan (HCP), baptisée «Enquête nationale auprès des entreprises 2019», arrivent à point nommé.

Cette enquête* dresse, en effet, un large panorama du tissu entrepreneurial national et fait ressortir les principales préoccupations des chefs d’entreprises du Maroc, ainsi que les perceptions de leur environnement institutionnel au cours de ces trois dernières années.

Le premier enseignement de cette enquête est en réalité une confirmation : les entreprises au Maroc investissent peu. Au cours des trois dernières années, seulement 39% des entreprises ont réalisé des investissements. Cette proportion s’élève à 80% pour les GE, 49,5% pour les PME et 29,4% pour les TPE. La taille de l’entreprise apparait ainsi comme un facteur déterminant de l’investissement. Toutefois, indique le HCP, l’acte d’investir est entravé par le manque de financement pour 74% des entreprises, quelle que soit leur taille.

Sur le plan de l’emploi, même constat : seule la moitié des entreprises a déclaré avoir recruté au cours des trois dernières années. Cette proportion atteint 90% pour les GE et 70% pour les PME contre 38% pour les TPE.

 

63% des TPME sont mécontentes des banques

L’acte d’investir est, bien évidemment, étroitement lié aux conditions d’accès au financement. L’enquête révèle à ce sujet deux choses : d’une part, une entreprise sur cinq seulement recourt au financement externe et, d’autre part, 93% de ces financements externes proviennent du crédit bancaire. Cette proportion s’élève à 46% pour les GE contre 18% pour les TPME.

Les TPME sont bien sûr les plus confrontées aux difficultés d’accès au financement, qui constituent un obstacle majeur pour 40% d’entre elles.

Autres données édifiantes : 58% des chefs d'entreprises se disent insatisfaits des services offerts par les institutions financières. Ce mécontentement est bien plus accentué chez les TPE, avec un taux de 63%. C’est précisément sur cette relation banques/entreprises que des efforts colossaux devront être faits, conformément aux orientations royales contenues dans le discours du 11 octobre.

Dans le même ordre d’idées, l’enquête souligne que 35% des entreprises ont demandé un crédit auprès d’une institution bancaire au cours des trois dernières années. Cette proportion est de 56% pour les GE et de 27% pour les TPE. Le taux d’intérêt élevé (40%) ainsi que les garanties exigées par les banques (34%) sont les principaux freins à la demande de crédit.

Par ailleurs, selon la perception des chefs d’entreprises, les deux facteurs les plus déterminants pour l’accès au financement bancaire, à savoir les garanties exigées et le taux d’intérêt, se sont davantage resserrés durant la période considérée.

 

Les contrôles fiscaux décriés

Un autre domaine où les entreprises marocaines ne sont pas à la fête concerne la fiscalité. Les patrons se plaignent notamment des contrôles fiscaux et de la multiplicité des redressements.

A ce titre, l’enquête montre que 34% des GE ont fait l’objet d’un contrôle fiscal et 73% ont été redressées durant la dernière année.

Pire, le système fiscal est jugé contraignant par 60% d’entreprises, un facteur de découragement de l’investissement par 95% d’entre elles, source de méfiance vis-à-vis de l’administration fiscale par 88% et favorisant le recours à des pratiques informelles par 69%. Par ailleurs, le système fiscal est considéré complexe par plus de la moitié des entrepreneurs (51%).

Les chefs d’entreprises ont globalement une opinion peu favorable de leurs rapports avec l’Administration publique. Les deux tiers des entreprises estiment que la complexité des procédures de l’Administration est un obstacle au développement de leur activité. Pour la moitié des entreprises, la qualité de service, le délai de paiement et l’accès à l’information sont également des contraintes sérieuses.

Tout ceci induit une double réflexion : d’une part, il y a une réelle dichotomie entre l’amélioration du Maroc dans le classement Doing Business de la Banque mondiale et la réalité vécue par les entreprises marocaines.

D’autre part, ces données montrent l’ampleur du défi qui attend le ministère des Finances, qui a fait du retour de la confiance et de la consécration d’une fiscalité équitable un objectif stratégique. ◆

 

*A propos de l’enquête :

Elle couvre tout le territoire national et cible toutes les entreprises organisées à savoir celles qui détiennent une comptabilité formelle. Elle concerne les entreprises opérant dans les secteurs de l’industrie, de la construction, du commerce et des services et exclut de ce champ les secteurs financier, de l’agriculture et de l’informel. Cette enquête s’est déroulée entre les mois de Janvier et Juillet 2019.

Les entreprises enquêtées sont classifiées sur la base de l’effectif employé et du chiffre d’affaires (CA) selon la charte de la PME ‘’loi 53-00’’ de 2002. Les très petites et moyennes entreprises (TPME) sont celles dont le chiffre d’affaires est inférieur à 75 millions de DH et des effectifs inférieurs à 200 employés. Les très petites entreprises (TPE) sont définies comme étant les unités ayant un CA de moins de 3MDH et un effectif inférieur à 10 employés. Les grandes entreprises (GE) sont celles dont le chiffre d’affaires est supérieur à 75MDH ou des effectifs employés dépassant 200 personnes.

L’échantillon de l’enquête est conçu selon un sondage aléatoire stratifié basé sur le critère de l’emploi et celui de l’activité comme variables de stratification. La taille de l’échantillon est déterminée de manière à assurer la représentativité requise par secteur d’activité et par catégorie d’entreprises. L’échantillon est tiré à partir du répertoire statistique d’entreprises géré par le HCP. Les entreprises enquêtées sont de l’ordre de 2.101 unités : 769 pour l’industrie, 371 pour la construction, 294 pour le commerce et 667 pour les services marchands non financiers.

 

 

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