CIH Bank: «La hausse des crédits bancaires serait autour de 7%»

CIH Bank: «La hausse des crédits bancaires serait autour de 7%»

Inflation, hausse du taux directeur, activité de CIH Bank… : tour d’horizon avec Younes Zoubir, DGA Finances, Services à la clientèle & Canaux alternatifs de la banque.

 

Propos recueillis par D. William & A. Hlimi

Finances News Hebdo : Globalement et avec le recul, comment appréciezvous l’évolution de l’environnement bancaire durant l’exercice 2022 ?

Younes Zoubir: A vrai dire, les banques ont démontré leur engagement dans le soutien de l’économie au niveau national, malgré le contexte économique difficile marqué par la crise de l’Ukraine et l’impact de la hausse des prix (inflation) à l’échelle internationale. En attendant les chiffres définitifs, l’évolution des crédits bancaires serait aux alentours de 7%, avec une hausse plus importante des crédits destinés à financer l’exploitation comparé à l’investissement.

 

F.N.H. : Quels impacts a l’inflation sur la demande de crédit et sur le coût du risque ?

Y. Z. : Cela s’est fait plus ressentir dans le financement des importations, où les lignes de crédit habituelles ne sont plus suffisantes pour les mêmes volumes de matières et marchandises importés. Cette inflation essentiellement importée a impacté la structure des coûts des opérateurs économiques, les obligeant à revoir leurs perspectives et, surtout, les plans de financement. Le resserrement de liquidité observé des entreprises augmente le recours aux banques, qui continuent à remplir leurs missions tout en restant regardantes par rapport au risque de contrepartie.

 

F.N.H. : Avez-vous répercuté la hausse du taux directeur sur vos nouveaux contrats ? Si oui, de quelle manière ?

Y. Z. : Nous avons remarqué que l’inflation et le resserrement de la liquidité ont commencé à se faire ressentir de manière plus prononcée à partir du dernier trimestre. Bank Al-Maghrib a procédé en deux temps, en septembre puis en décembre 2022, à un relèvement du taux directeur pour le porter à 2,5%. Ces mesures ont pour finalité fondamentale de juguler l’inflation à travers la répercussion de cette hausse du taux directeur sur le coût du crédit. Le coût de revient du passif des banques continue de subir ce choc, avec la hausse des coûts de refinancement (ressources interbancaire, recours à la dette privée, taux de refinancement en devise). En termes de répercussions sur notre clientèle, il convient de distinguer le stock de la nouvelle production. Pour la nouvelle production, la hausse subie par les banques est en train d’être répercutée en fonction des maturités des crédits. Pour le stock amené à être renouvelé, notamment les crédits de trésorerie et les crédits de court terme de manière générale, cette hausse va se faire dans le temps, et en parfaite concertation avec nos clients.

 

F.N.H. : Ressentez-vous une montée des créances en souffrance en 2022 ?

Y. Z. : A date, nous n’avons pas encore des chiffres sur l’évolution des CES au niveau du secteur. Mais dans un tel contexte, il convient de s’attendre à une poussée des taux de CES, mais qui reste sous contrôle en tous cas pour 2022.

 

F.N.H. : Pionnière en matière de digitalisation des services bancaires, CIH BANK a lancé «CIH PAY» en janvier 2022. Un an après son lancement, quel bilan en faites-vous ?

Y. Z. : L’année 2022 a été marquée par le lancement en première au Maroc du service de paiement mobile via l’offre CIH PAY, qui est venue étoffer les canaux de paiement mis en place par la banque. Nous avons constaté des demandes d’activation importantes du service en ligne. Il est un peu tôt pour faire un bilan, surtout que le lancement a été caractérisé par des phases progressives par rapport aux cartes bancaires et aux terminaux des clients, afin de généraliser l’accès au service à terme. Mais les chiffres actuels sont très convaincants.

 

F.N.H. : Suppression des dates de valeur, banque gratuite pour toute ouverture de compte via l’application CIH Mobile…. Avez-vous évalué combien toutes ces innovations vous ont coûté en PNB ces dernières années ?

Y. Z. : C’est tout à fait le contraire : toutes ces initiatives ont contribué positivement à la progression du PNB, et les arguments sont multiples à ce sujet. La massification du recrutement des clients a contribué à une évolution à deux chiffres de nos ressources clientèle à vue, qui sont par la suite transformées en crédit et permettent de générer de la marge d’intermédiation bancaire. Le fait d’équiper nos clients des moyens de paiement de façon gratuite a permis d’agir positivement sur le volume des transactions et, par ricochet, sur nos commissions…. D’ailleurs, notre taux de progression du PNB reste parmi les plus élevés du secteur. Nous considérons que c’est une stratégie payante permettant de créer de la valeur et pour nos clients et pour notre banque. Et pour finir, parler de date valeur dans une ère où la technologie permet des transactions instantanées (exemple du chantier en cours sur les virements instantanés), mérite d’être revu selon notre point de vue.

 

F.N.H. : Comment voyez-vous l’évolution du secteur bancaire cette année ?

Y. Z. : La revue à la baisse de la croissance du PIB en 2023 (selon les prévisions du HCP, BAM, Banque mondiale…) démontre que l’année sera plutôt compliquée pour les différents agents économiques, y compris les banques. Mais, il convient de relativiser ceci au regard de l’engagement des banques qui ont fait preuve de résilience jusqu’à maintenant. Et, à notre avis, l’année 2023 s’inscrira dans cette logique en matière d’appui au financement de l’économie. 

 

 

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