La Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc se joue sous un ciel chargé, avec des pluies soutenues, parfois diluviennes, du vent et un froid glacial. Ce décor n’a rien d’exotique pour les joueurs africains habitués à jouer la CAN en été, en plein soleil. Et pourtant, derrière l’inconfort sportif du moment, ces précipitations ont un impact plus profond et plus structurant, qui dépasse largement les 90 minutes d’un match. En effet, ces pluies irriguent un Maroc qui sort lentement de sept années de sécheresse et une économie aux fondamentaux largement chahutés par les caprices du ciel.
Les chiffres donnent la mesure du moment. Au 5 janvier 2026, les barrages affichent un taux de remplissage de 42,5%, avec des réserves dépassant 7,1 milliards de mètres cubes. Sur un an, le gain est net : plus de 2,3 milliards de m³ supplémentaires, soit une progression proche de 50%.
Après des années de stress hydrique, ce sursaut n’est pas anodin. Il redonne de l’air à une agriculture à bout de souffle, soutient les hypothèses macroéconomiques retenues par l’Etat et apaise, partiellement, une société rurale fragilisée. Le Maroc n’est certes pas entré dans l’abondance, mais dans une zone grise où tout dépendra de la régularité des pluies.
Les projections macroéconomiques reposent d’ailleurs sur cette incertitude. La Loi de Finances 2026 table sur une production céréalière de 70 millions de quintaux et une croissance avoisinant 4,6%. Bank Al-Maghrib anticipe, elle, une croissance à 5% en 2025, sous l’hypothèse de campagnes agricoles moyennes. Autrement dit, la pluie soutient le scénario, mais ne le garantit pas. Comme sur un terrain détrempé, un faux rebond reste possible.
La pluie, une invitée encombrante
Mais la pluie, si elle est bénéfique pour les barrages et les champs, devient quelque peu gênante pour le spectacle sportif. Jouer sous des trombes d’eau, sur des pelouses saturées et par des températures basses, n'a rien d’idéal. La CAN aurait pu s’enliser dans des reports de matchs, des terrains impraticables et des polémiques sur l’organisation. Or, il n’en est rien. Cela dit beaucoup du Maroc de 2025 : un pays qui n’a pas laissé la météo dicter le déroulement de cet événement continental.
En effet, les stades marocains servent de laboratoire à ciel ouvert. Face à la pluie qui tombe, il y a un adversaire de taille : la technologie SubAir. Installée entre autres au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, elle agit de manière dynamique. Elle aspire l’eau excédentaire sous la pelouse, la stocke, puis aère le sol en injectant de l’air dans la zone racinaire. Résultat : même sous un déluge, la surface reste jouable. Aucun match n’a été interrompu depuis le début de la compétition, y compris lors de très fortes averses orageuses.
Plus qu’un détail technique, SubAir symbolise une approche : anticiper plutôt que subir. Si en 2014 le même stade avait été le théâtre de flaques géantes lors du Mondial des clubs, le Maroc de 2025 a effacé ce souvenir en investissant dans des solutions durables. Ce n’est pas seulement une réussite sportive ou organisationnelle, mais plutôt un message au monde prouvant que l’Afrique peut accueillir des compétitions de haut niveau sans être prisonnière de ses aléas climatiques.
Au final, cette CAN pluvieuse ne se limite pas à 22 bonhommes qui courent après un ballon, au folklore et à l’ambiance dans les tribunes. Loin de là ! L’eau qui tombe complique le jeu, mais elle remplit aussi les barrages et humidifie les sols. Le froid raidit les muscles et les articulations, et met à rude épreuve les organismes des joueurs. Pourtant, le Maroc n’a pas choisi entre l’eau, le froid et le foot. Il a décidé de jouer avec les trois, en sachant que, dans ce pays, la météo reste un adversaire qu’on ne bat jamais définitivement, mais qu’on peut apprendre à contenir.
Et pendant que la pluie continue de tomber, le Maroc, lui, avance. Dimanche 4 janvier, dans un huitième de finale âprement, les Lions de l’Atlas ont fait l’essentiel en s’imposant 1-0 face à la Tanzanie. Une victoire certes difficile, mais qui permet aux Lions de l’Atlas de poursuivre leur périple dans cette compétition continentale.
F. Ouriaghli