Fausses locations, sites de réservation clonés, promotions de dernière minute ou demandes urgentes de paiement...
À l'approche des vacances d'été, les cybercriminels adaptent leurs stratégies aux habitudes des voyageurs.
Une villa à Saïdia proposée à un prix défiant toute concurrence, un appartement à Martil présenté comme la «dernière disponibilité», un billet d'avion affiché en promotion pour quelques minutes seulement ou un message annonçant qu'une réservation sera annulée sans validation immédiate du paiement. Derrière ces scénarios se cache une stratégie bien rodée: exploiter le sentiment d'urgence qui accompagne les préparatifs des vacances.
Les spécialistes de la cybersécurité constatent que les fraudeurs ne lancent plus leurs campagnes au hasard. Ils ciblent désormais les périodes de forte consommation, lorsque les internautes sont plus enclins à agir rapidement. L'été, marqué par les réservations de séjours, de vols et de locations saisonnières, figure parmi les périodes les plus lucratives.
Selon Check Point Research, 47.318 nouveaux noms de domaine liés au voyage ont été enregistrés dans le monde au cours du seul mois de mai 2026, soit une hausse de 33% par rapport au mois précédent. Parmi eux, un domaine sur 112 était déjà identifié comme malveillant ou suspect. Les chercheurs ont également mis au jour de faux sites imitant des plateformes populaires telles que Booking.com, Airbnb ou Skyscanner afin de dérober les identifiants, les coordonnées bancaires ou les acomptes versés par les voyageurs.
Le phénomène ne se limite plus à quelques faux sites isolés. Les cybercriminels industrialisent leurs opérations. Check Point a notamment identifié une campagne reposant sur plus de 210 domaines créés automatiquement autour de fausses offres d'hébergement. Dans le même temps, les entreprises du tourisme, de l'hôtellerie et des loisirs ont subi en moyenne 2.291 cyberattaques par semaine en mai 2026, soit une hausse de 24% sur un an. Sur trois ans, le volume des attaques a progressé de 122%.
Si ces campagnes sont aussi efficaces, c'est parce qu'elles jouent avant tout sur la psychologie des victimes. Face à une promotion présentée comme limitée dans le temps ou à une chambre annoncée comme la dernière disponible, de nombreux internautes renoncent aux vérifications habituelles. Les fraudeurs misent précisément sur cette précipitation pour pousser leurs victimes à effectuer un paiement ou à communiquer leurs informations personnelles.
L'intelligence artificielle renforce encore cette menace. Les outils génératifs permettent aujourd'hui de créer rapidement de faux sites Internet, de rédiger des courriels parfaitement crédibles, de produire des échanges automatisés avec un prétendu service client ou encore de générer des visuels réalistes de logements qui n'existent pas. Les arnaques gagnent ainsi en crédibilité et deviennent plus difficiles à détecter.
Le Maroc n'échappe pas à cette évolution. Le Royaume a accueilli 19,8 millions de touristes en 2025, en hausse de 14% sur un an. Les établissements classés ont enregistré 43,4 millions de nuitées, tandis que les recettes touristiques ont atteint 138 milliards de dirhams. À fin mai 2026, les arrivées dépassaient déjà 7,7 millions de touristes, confirmant la poursuite de cette dynamique.
Cette activité profite également aux plateformes de réservation, aux compagnies aériennes et aux acteurs du paiement en ligne. Selon Bank Al-Maghrib, les paiements par carte ont atteint 192,5 millions d'opérations en 2024, pour une valeur de 63 milliards de dirhams. Les transactions e-commerce ont, à elles seules, dépassé 38,5 millions d'opérations, représentant désormais un paiement par carte sur cinq. Cette digitalisation des usages facilite les réservations, mais elle multiplie aussi les opportunités pour les fraudeurs. La Banque centrale souligne d'ailleurs une recrudescence des tentatives de fraude sur certains moyens de paiement et indique avoir renforcé les dispositifs de surveillance et de détection.
Une étude publiée par McAfee en 2026 montre que plus d'un voyageur sur trois a déjà été confronté à une menace liée à ses réservations. Parmi les victimes, 41% déclarent avoir perdu de l'argent. Ces données illustrent un phénomène plus large : les cybercriminels cherchent moins à pirater des systèmes complexes qu'à exploiter les réflexes des consommateurs lorsqu'ils réservent dans l'urgence.
Les vacances d'été sont ainsi devenues bien plus qu'une période de forte activité touristique. Elles constituent désormais un rendez-vous stratégique pour les réseaux de cybercriminalité.