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Un jour, une œuvre : «Quand fleurit le carthame», de Tahar Laknizi

Un jour, une œuvre : «Quand fleurit le carthame», de Tahar Laknizi

Le poète nous livre, ici, des poèmes regorgeant de détails, d’émotions et de pensées, où il célèbre la magie des mots.

Par R. K. H.

 

Tahar touche les fibres les plus sensibles du lecteur, qu’il s’agisse de l’amour, du rêve, de l’espoir, en un mot de la vie. «Quand fleurit le carthame» est un recueil de poèmes très vibrant, qui palpite d’une vive émotion, parfumé d’une pincée d’humour. On se laisse gagner par les poèmes qui dessinent, avec justesse et émotions, les déchirements que Tahar a vécus et qui l’ont ému à le faire pleurer. Sa hotte de souvenirs contient des quantités d’anecdotes.

«Quand fleurit le carthame» est le fruit de multiples notes, études, voyages et visites. Voilà qui en dit long sur le profond de Tahar. Les parts anecdotiques du quotidien sont mises en lumière à travers une écriture noble et simple, pimentée et digne.

Pour mettre pleinement en œuvre sa vision lisse de la vie, il revoit l’enfer vécu dans son âme, dans le tréfonds de son être. Le poète exprime et communique, ici, à la fois l’horreur et la sérénité.

Il cherche surtout à mettre en lumière la partie sombre de l’humain, à élaborer une étude des mœurs qui deviennent étranges dans une société vicieuse. C’est une façon de dévoiler la réalité sans masque. Un recueil de poèmes qui met à nu un monde saturé.

Poignant, fin et juste. Un rugissement de tempête. Ici, s’affrontent les éléments : le bien, le mal…toutes les funestes joyeusetés qui ont allègrement endeuillé l’humain, et qui montrent à l’envi combien la bête en soi peut être hideuse, impitoyable, meurtrière. De telle façon que le lecteur, dérouté par une telle traversée aussi bien transversale que linéaire, ne sait plus s’il lit de la poésie ou du récit. Et c’est, justement, dans une telle odyssée de l’écriture que se marque et démarque la créativité des poèmes.

«Quand fleurit le carthame» séduit par une écriture musicale, souvent capiteuse, par les observations du poète, tantôt éblouies, tantôt amères. Tahar fait rimer les aventures, les études des mœurs et des caractères, les analyses des sentiments et des passions. Intéressant, jamais lassant.

Le poète travaille, en effet, la musicalité de chacun de ses vers. Il fait danser la rime, la cadence, le tempo. Quelle joie d’accoupler les mots et d’écouter sonner leur assemblage. A ce propos, poésie, musique et chant peuvent se succéder, s’entrelacer, s’emmêler dans une joyeuse harmonie.

Les cent-vingt pages sont un feu d’artifice incessant, éruptif, drôle. «Quand fleurit le carthame» nous prend au collet et nous ne lâche pas, car les vers sont d’une fraicheur remarquable telle une eau de torrent.

Tahar Laknizi vit dans un dialogue lyrique constant avec notre quotidien. Le lyrisme et son arme de résistance. Il chante les douleurs, les confidences et les rêves. Il chante l’amour, les vacillements du cœur et du corps. Il chante le monde et toutes les blessures d’une race déracinée. Les vers en nombre infini, s’alternent, s’entrecroisent, s’emboitent. Attachante, la rime y est dynamique. Le mètre ravi le sens et le corps… Le poète fait œuvre généreuse dont le style est étonnamment cru. «Quand fleurit le carthame» est d’une fascinante étrangeté.

EXTRAIT :

Berceuse

Dors mon petit

Et fais de beaux rêves !

Même si la guerre n’a pas de trêve.

Quand l’Homme s’est assoupi en nous,

Le terrorisme rôdait partout.

Il dégaine sa violence inouïe

Et arpente les ruelles chaque nuit.

En quête du petit chaperon rouge

Il plante dans tout ce qui bouge.

Ses griffes, ses crocs saignants

Et son regard le plus poignant.

Aussi blesse-t-il toute frêle brise douce

Et égratigne les fines pousses.

Il met à sac les rêves des petits

Et traque les mamans sans répit.

Dors mon poussin ! au sein d’une flûte

Qui, filant une mélodie brute

Elle en fait des draps de tendresse

Que toutes les mamans brodent sans cesse

De leurs doux baisers et caresses

Pour les petites âmes en détresse.

Demain, les fusils meurtriers

Seront des épis et des dattiers,

Et les champs minés, des vergers

Vous y flânerez sans danger

Sans avoir peur des balles perdues

Des canonnades et des obus

Et des avions qui font frémir

Vos rêves nichant dans nos désirs.

Demain sera beau comme le cœur

D’un lys qui dévoile son odeur.

Dors mon petit, les ténèbres coulent encore

Mais je vois poindre une belle aurore.

 

Dans «quand fleurit le carthame» (éditions Edilivre), Tahar Laknizi.

 


 

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