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Culture & Société

Daft Punk, it’s over !

Daft Punk, it’s over !
Mardi 23 Fevrier 2021 - Par admin

Le duo fondateur de la French Touch, qui aura influencé toute une génération, se sépare après 28 ans d’existence.

 

Formés à Paris en 1993 par Thomas Banglater et Guy-Manuel de Homem-christo, les Daft Punk s’étaient vite imposées, en effet, comme les pionniers de la French Touch, déclinaison française de la musique électronique, avec la parution de leur premier album Homework (devoirs à domicile) en 1997. Quatre ans plus tard, ils changeront à jamais, la face de la dance avec le futuriste Discovery - annoncé comme un nouveau Dark Side of the moon (album triomphal de Pink Floyd). Après un troisième album en 2005, Human after all, un passage chez Disney pour le film Tron : Legacy, des productions pour The Weeknd ou Kany West, le tandem casqué avait fait le grand retour aux affaires avec Rondom Acess Memories en 2013. Qui s’avère être aujourd’hui leur dernier manifeste musical.

C’est l’aventure de deux garçons plutôt timides qui s’étaient rencontrés sur les bancs du Lycée Carnot, à Paris, et qui, après une tentative rock brouillonne, à l’attaque des années 90, ils se sont tournés vers les raves et la scène électronique parce qu’elles leur semblaient plus ouvertes aux idées nouvelles, et moins définitivement régies par l’air blasé du déjà-vu. Dans une chambre d’enfant de dix mètres carrés, ils composaient alors d’éclatantes miniatures sonores se consumant à la vitesse de la lumière, et dont Da FunkRollin’ and Scratchin’ tenaient lieu de manifeste. Repérés par Soma Recording, ils adoptent le pseudo Daft Punk après que Dave Jennings, journaliste du magazine britannique Melody Maker, eut qualifié le premier single de leur précédent groupe, Darlin’, de «Daft Punky Trash» (difficilement traduisible par «Bouse bête et pourrie»).

Avec Homework – écoulé à un million d'exemplaires à travers le monde en deux ans -, Guy-Manuel de Homem-Christo, alors âgé de 22 ans, et Thomas Bangalter, 21 ans, réinventent la disco en lui donnant un son qui n’en finit plus d’être copié (de Superfunk au Music de Madonna). Après le succès planétaire de cet album - noir, vengeur, sauvage - il en fut fini du fameux «complexe français» sur le terrain de la pop internationale.

En 2001, leur deuxième album, Discovery, recycle les années 1980. Porté par les inépuisables Veridis Quo ou Harder, Better, Faster, Stronger, l’album est un succès. Le single One more time, concentré d’hédonisme beat («la musique me rend libre / Nous allons fêter ça / encore une fois») fut sans doute le tube le plus joué à l’heure du passage au nouveau millénaire, des soirées de Miami à celles de Hongkong et de Morzine-Avoriaz…

Difficile de connaître l’état d’âme des robots !

Les Daft Punk ont fait de la «disparition» leur marque de fabrique. Et l’artifice fonctionne, comme dans un roman de Bret Easton Ellis : en masquant, en réinventant l’histoire du groupe à chaque apparition… Ils ont fait du marketing une composante intégrée à leur processus créatif ayant pour seul guide : cultiver la rareté et le mystère. Ils ne montrent jamais leurs visages, vont peu à la télévision, sortent peu de disques, et chacune de leurs apparitions est un événement. Pour deux de leurs (très rares) apparitions télé, MTV et CNN ont dû envoyer leurs questions à l’avance afin que les réponses soient enregistrées au synthétiseur, et défilent sur la visière fumée de Thomas Bangalter (le robot Homem-Christo ne communique que par signes). Petits coquins ! Aussi, on raconte que dans un club néodisco de Soho où le tout-Londres de la critique musicale se pressait pour écouter Discovery en avant-première, le duo parisien semblait observer la micro-agitation avec le plus parfait détachement. Epaule contre épaule, figés dans la pose, ils n’apparaissaient que virtuellement sur les écrans vidéo qui encadrent la discothèque biscornue. Leurs masques de robots, clignotants de passion enfantine, se reflétaient d’un miroir à l’autre…

À Paris, leur vie est simple. L’appartement où ils enregistrent, une chambre où ils ont installé leur matériel et où se fabrique leur musique, par souci d’en contrôler l’économie. Par choix esthétique aussi bien : les Daft Punk militent pour la maîtrise artisanale du home studio - la dynamique, le grain, la texture, la distinction, etc. «Sur la moquette de la piaule, un enchevêtrement de câbles courait entre les synthétiseurs et les boîtes à rythmes. Le jeu consistait à ne pas s'y prendre les pieds», se souvient Serge-Nicolas, crédité comme maquettiste et concepteur graphique «associé» sur la pochette du Homework. À Montmartre, le groupe dispose également d’un rez-de-chaussée sur cour, deux pièces immaculées, poutres au plafond, sirop Tesseire dans le bar, power books, autocollants des Sex Pistols ou de Larry Flynt. Avec trois amis associés de leur âge, ils ont installé là une microsociété de production dans laquelle sont engloutis leurs quelques millions et qu’ils ont appelé Daft Life («la vie stupide»).

Depuis leurs débuts, ils ne sont liés à une multinationale du disque que par un contrat de licence, s’autoproduisent et s’autofinancent en réinvestissant l’argent que la musique leur rapporte. Quand l’envie leur en prend, ils composent un morceau qu’ils sortent sur un de leurs labels, Roulé ou Crydamoure, et le diffuse à vitesse grand V. L’énorme tube Music sounds better with you, enregistré vite fait par le maigre Bangalter sous le nom de Stardust en est une preuve éloquente.

Janvier 2014, les Daft Punk remportent à Los Angeles, lors de la cérémonie des Grammy Awards, cinq récompenses, dont celle de meilleur album de l’année pour Random Access Memories, et celle de meilleur enregistrement pour leur single Get Lucky. Daft Punk joue gros. Malins, Thomas Bangalter et «Guy-Man» ouvrent le marchandising de l’album un an après sa sortie, relançant une nouvelle fois la machine Random Access Memories

Alors qu’on voit généralement venir de loin l’implosion de groupes de rock affichant publiquement tensions relationnelles ou incompatibilités artistiques, le duo d’androïdes le plus célèbre de l’histoire de la pop et de l’électro a pris tout le monde de court, lundi 22 février, en annonçant sa séparation. Véritable clap de fin ou énième coup de bluff ? Ou même, un coup marketing hyper naze ? Le «divorce» s’est fait voir / comprendre à travers une vidéo sobrement intitulée Epilogue - extrait de leur film Electroma (présenté à Cannes en 2006), dans lequel les deux musiciens casqués explosent tour à tour en plein milieu du désert avant de laisser s’afficher à l’écran un accablant épitaphe «1993-2021». «Hold on, if love is the answer, you’re home», entend-on à la fin. Ceci pourrait-il bien n’être que la simple annonce d’une renaissance sous d’autres noms, d’autres déguisements ? Or, contactée par le magazine américain Pitchfork, leur attachée de presse, Kathryn Frazier, confirme bien la séparation sans pour autant donner de raisons.

Accusés par les puristes de s’être vendus aux sirènes hurlantes du marketing tel un Lagerfeld à deux têtes, machine à tubes en vestes en cuir siglées de leur nom devenu marque au même titre que Chanel ou Louis Vuitton…Qu’on vénère Daft Punk ou non, une nouvelle fois, le but est atteint : Around the world, on ne parle que d’eux.

 

 

Par R.K.H

 

 

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