AIF 2025 : comment mobiliser le capital privé de l’Afrique ?

AIF 2025 : comment mobiliser le capital privé de l’Afrique ?

Un gap financier de 1,3 milliard de dollars par an. Des investissements publics qui s’essoufflent. L’Afrique doit booster son capital privé pour se développer.

 

Par Désy M.

Une question déterminante a réuni le mercredi 26 novembre à Rabat les hautes autorités financières de plusieurs Etats ainsi que les institutions financières africaines et d’ailleurs, pour discuter de ce thème important  : «Combler le fossé  : Mobiliser les capitaux privés pour libérer tout le potentiel de l’Afrique». L’Africa Investment Forum (AIF) 2025 a, en effet, mis en lumière l’urgence absolue pour le continent de combler un déficit de financement estimé à 1,3 milliard de dollars par an pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Face à ce besoin colossal, le financement public, bien qu'essentiel, est jugé insuffisant, rendant la mobilisation du capital privé non seulement cruciale, mais impérative.

Le Forum, orgaisé par la Banque africaine de développement (BAD) et ses partenaires, s'est positionné comme le levier essentiel pour transformer les projets en décisions, forger des partenariats et générer un impact concret. Pour la première fois au Maroc dans sa casquette de président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah a, dans son allocution, rappelé une vérité : «fini la période où il faille compter sur les dons et les aides au développement pour bâtir le continent. L'une des urgences pour l'Afrique aujourd’hui est d'accélérer la mise en œuvre de solutions concrètes pour accéder au financement et libérer son potentiel industriel».

Ould Tah a souligné que l'Afrique, dont la force de travail dépassera d'ici 2050 celles de la Chine et de l'Inde réunies, doit transformer cette démographie en puissance économique. Pour ce faire, la BAD vise à mobiliser massivement les capitaux privés. L'objectif est d'amplifier la mobilisation des ressources nationales et internationales en utilisant des instruments innovants et des mécanismes capables de multiplier chaque Dollar de capital investi par dix. Il est impératif, selon lui, de «brider les lignes qui existent entre le secteur public et le secteur privé, entre le capital et les projets, et entre l'ambition et l'achat».

Assurer la confiance

Cette mobilisation du secteur privé dépend directement de la capacité des États africains à créer des environnements stables, prévisibles et équitables, gage de confiance pour les investisseurs. Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Économie et des Finances et gouverneure de la BAD pour le Maroc, a insisté sur la conviction que les solutions pour l'Afrique se trouvent d’abord à l'intérieur du continent, dans ses ressources et ses capacités. Elle a défini le rôle des États dans cette dynamique.

*«Pour nos États, donner signifie, tout d'abord, assumer la responsabilité souveraine de préparer le sol, consolider les fondations, construire les institutions, sécuriser l'environnement et inspirer la confiance. Cela signifie structurer nos économies pour les rendre prédictibles, productives et compétitives. Cela signifie assurer la stabilité macroéconomique et financière, qui reste la condition principale pour tout investissement», explique-t-elle. La ministre a également mis en avant l'ambition du Maroc d'améliorer la part de l'investissement privé pour qu'elle atteigne les deux tiers du total national d'ici 2035. Le Maroc travaille notamment à gérer la volatilité des changes en réajustant le palier des devises et en élargissant la bande de fluctuation du Dirham, tout en assurant une coordination entre les politiques publiques, la macroéconomie et la Banque centrale.

Miser sur des partenariats public-privé

Un partage d’expérience a été au centre du panel de haut niveau organisé à l’occasion de ces «Market days». Les ministres participants ont exposé les actions concrètes menées pour rendre leurs économies plus attractives. Les partenariats public-privé (PPP) ont été présentés comme la «voie avancée» pour financer les investissements publics majeurs, le financement public étant insuffisant.

Ismail Nabe, ministre du Plan et de la Coopération internationale de la Guinée, l’a illustré en évoquant un projet minier intégré de 20 milliards de dollars, qui est un PPP couvrant un chemin de fer (650 km) et un port multi-usage. Il a souligné que plus de 60% de ce budget d'expansion économique proviendront du secteur privé. De son côté, la Mauritanie a adopté une loi PPP innovante en 2024, jugée parmi les plus protectrices au monde, garantissant la stabilité économique, la non-nationalisation et le paiement des «outputs» vendus à l'État, même si l'État n'en a pas besoin.

Le ministre mauritanien Abdallah Souleymane Cheikh Sidia a appelé la BAD à fournir l'expertise (juridique, financière, économique) nécessaire pour structurer ces partenariats. Même la Zambie, qui a connu la crise après son défaut de paiement en 2020, a appris une «bonne leçon» et s'appuie désormais entièrement sur le secteur privé pour relancer sa croissance. Son ministre des Finances, Situmbeko Musokotwane, a expliqué que «l'enjeu dépasse la seule résolution de la dette, visant à satisfaire les attentes des jeunes en matière d'emplois.

La stratégie nationale se concentre sur l'attraction de capitaux privés dans les ressources minérales (plus de 7 millions de dollars d'investissements récents) et le financement d'infrastructures logistiques majeures comme le Corridor de Lobito. Le rôle principal du gouvernement est de rendre l'environnement des affaires plus favorable, garantissant des approbations d'investissement en moins de 45 jours». L'intégration régionale est également un levier stratégique. Ahmed Shide, ministre des Finances de l'Éthiopie, a souligné l'alignement des politiques nationales avec les cadres régionaux (IGAD et COMESA) pour garantir aux investisseurs un accès au vaste marché africain de 1,4 milliard de personnes. L'Éthiopie utilise d'ailleurs des instruments de financement innovants comme la titrisation et le financement mixte (Blended finance) pour réduire les risques pour les partenaires privés et attirer le capital commercial.

L'AIF, un accélérateur de projets bancables

L'Africa Investment Forum est vue comme un catalyseur indispensable pour transformer les idées en investissements bancables. Cependant, les intervenants ont formulé des attentes claires pour renforcer l'efficacité de la plateforme. La ministre des Finances de la Côte d’Ivoire, Niale Kaba, a insisté sur la nécessité pour l'AIF d'accompagner les projets pour atteindre la maturité en amont, car «le problème de l'Afrique, c'est que les opportunités, les projets, ne sont pas matures».

La ministre Nadia Fettah est revenue sur le fait que les investisseurs recherchent la rentabilité et la capacité d'exécution, et non seulement le potentiel. Ainsi, l'AIF devra travailler tout au long de l'année pour préparer un pipeline de projets à l'échelle recherchée. «L'échelle ne se trouvera pas toujours dans chaque pays ou dans les grands sujets, parce que nos économies ont la taille qu'elles ont... J'espère que l'AIF nous aidera à structurer cette proposition de valeur du Nord au Sud, de l'Est à l’Ouest», a relevé la ministre.

Cette édition 2025 de l'AIF marque une reconnaissance continentale que l'avenir de l'Afrique repose sur une alliance solide entre le secteur public, architecte de la confiance, et le capital privé, moteur de la transformation structurelle. Comme l'a rappelé le président Ould Tah en citant Nelson Mandela, «le moment est venu de réduire les abîmes qui nous séparent». 

 

 

 

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