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Vendredi 13 Juillet 2018 - Par Finances News

Edito : Tueur en série

 

Il y a deux chiffres qui interpellent et appellent à réagir urgemment : au Maroc, 40% des défaillances de sociétés sont la conséquence des délais de paiement, tandis que les crédits interentreprises représentent plus de 300 milliards de DH, soit près d’un tiers du PIB national.

C’est une particularité exclusivement marocaine, dont on s’émeut de plus en plus, au regard notamment de ses impacts nocifs sur le tissu économique national. Et les entreprises, prises dans cet étau infernal, sont les premières victimes de ce fléau.

Avec des délais de paiement très élastiques, qui vont de 3,4 à 9,9 mois selon que l’on est TPE, PME ou grande entreprise, c’est aujourd’hui tout le processus économique qui est touché.

Actuellement, ce n’est pas exagéré de dire que les délais de paiement sont un véritable tueur en série, qui asphyxie vicieusement les entreprises jusqu’à les priver de leur dernier souffle, les condamnant à une disparition certaine.

Le gouvernement s’essaie, à travers un certain nombre de mesures, de mettre fin à son épopée meurtrière. La loi sur les délais de paiement s’inscrit dans ce cadre. Tout comme la mise en place de la plateforme informatique dédiée aux réclamations des fournisseurs sur les délais de paiement des établissements et entreprises publics (EEP).

Mais voilà, pour les délais de paiement entre entreprises du privé, l’Etat est impuissant. C’est une affaire qui se règle… en famille, car dans le privé, les règles sont tout autres. Les rapports de force également. Avec en toile de fond l’envie de garder ses clients, de ne pas perdre du chiffre d’affaires, d’huiler au mieux ses relations avec ses partenaires…

Ça jongle ainsi en permanence. Les plus solides survivent. Les plus fragiles mettent la clé sous la porte. Des entreprises performantes disparaissent ainsi uniquement parce qu’elles sont financièrement étranglées. Et croire que les choses vont changer, c’est se leurrer. Cette manière de faire du business entre entreprises du privé, où il faut ménager la chèvre et le chou pour se faire payer, est culturelle, structurelle et fortement ancrée dans la conscience collective. Cela a toujours fonctionné ainsi, même si ce phénomène est parfois accentué par des crises conjoncturelles.■

 

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