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Economie mondiale : Le Maroc face à la montée des risques

Vendredi 08 Fevrier 2019 - Par Finances News

Frédéric Louat, Directeur général de Riser Maghreb, société de conseils, de services et de solutions dans  le domaine de la gestion des risques.

 

Propos recueillis par B. Chaou

 

Finances News Hebdo : Quels sont les grands défis des pays aujourd’hui face au ralentissement de l’économie mondiale ?

Frédéric Louat : Le grand défi des Etats aujourd’hui est d’adopter la bonne réaction face au ralentissement de la croissance mondiale.

De même, il faut qu’ils prennent en compte la difficulté du contexte dans lequel ils évoluent, caractérisé notamment par l’affaissement de la croissance en Chine, la montée du protectionnisme et l’éventuelle remontée des taux d’intérêts aux États-Unis durant cette année.

Déjà, ce dernier facteur devrait entraîner un ralentissement de l’économie américaine, influençant à son tour le système financier mondial. Le grand challenge des Etats est de trouver dans cet environnement les bons moyens pour relancer leur croissance.

 

F.N.H. : En termes d’activités de marchés, quels sont les risques à prévoir ?

F. L. : Le risque marché est l’un des grands bouleversements auxquels on pourrait assister au cours de l’année 2019. Ce risque surviendrait essentiellement de la très forte volatilité des cours du pétrole.

Il est à remarquer que l’instabilité des prix du baril a déjà été constatée en 2018 suite à un certain nombre de facteurs géopolitiques. Il est donc fort possible que cette volatilité soit encore plus intense en 2019, suite à des situations d’inconfort qui pourraient émerger ou s’aggraver dans des pays producteurs comme le  Venezuela, l’Iran, voire d’autres pays aussi.

Le deuxième facteur menaçant pour les marchés internationaux est la question relative à la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (FED). Les marchés craignaient une augmentation des taux directeurs la semaine dernière, mais la Banque centrale des Etats-Unis a décidé de les maintenir inchangés.

Ce choix a été bien accueilli par les marchés. Si toutefois une nouvelle remontée des taux de la FED prend effet, les marchés assisteront probablement à une remontée du Dollar et un potentiel renchérissement du service de la dette pour les entreprises et les pays qui sont endettés en devise américaine.

Le 3ème gros risque est l’éclatement de la bulle financière. Actuellement, aux Etats-Unis, les entreprises ont une valorisation des actifs financiers extrêmement élevée. En effet, le Dow Jones est à deux fois son niveau d’avant la crise 2008, ce qui semble totalement decorrélé des fondamentaux politiques et économiques.

Au final, on peut craindre un éclatement de cette bulle financière avec un impact très important sur l’économie réelle et la capacité des pays émergents à se refinancer et financer leurs dettes.

 

F.N.H. : Quels sont les grands axes que le Maroc devrait entamer afin de se prémunir des risques potentiels de l’année 2019 ?

F. L. : Le Maroc est aujourd’hui relativement immunisé par rapport à ces risques mondiaux.  L’environnement international pèse, mais comparativement à d’autres pays, il bénéficie d’une certaine résilience face aux aléas économiques.

Autrement dit, l’économie marocaine a la capacité de soutenir plus longtemps sa propre croissance économique basée sur la demande interne. Des indicateurs phares de l’économie du pays tels que le tourisme ou le secteur agricole montrent des signes de bonnes perspectives.

L’activité industrielle, quant à elle, même si elle est mieux que les années passées, évolue à des niveaux trop faibles aux alentours de 3,5%. L’industrie extractive est pour sa part plutôt bien orientée avec les prix du phosphate qui demeurent avantageux.

Globalement, dans l’économie marocaine, on relève deux petits points de vulnérabilité en rapport avec la conjoncture automobile mondiale, notamment européenne, dans laquelle les marchés automobiles sont mal orientés.

Evidemment, compte tenu de l’écosystème automobile au Maroc, cela a de grandes chances d’avoir un impact considérable sur notre économie. Et puis naturellement, il y a toujours le secteur du BTP (bâtiment et travaux publics) qui n’est pas flamboyant au Maroc et qui souffre depuis quelques années de plusieurs problèmes.

 

F.N.H. : Quel impact pourrait avoir le Brexit sur l’économie nationale ?

F. L. : L’impact du Brexit va être compliqué sur la situation du Maroc. D’un côté, le ralentissement de la croissance en Europe aura une retombée directe sur l’économie du pays, puisqu’une grande partie des exportations marocaines va vers l’Europe.

D’un autre point de vue, Il y a des chances que ce manque à gagner ne soit en partie compensé avec le marché du Royaume-Uni, du fait que sur un certain nombre de produits, les entreprises marocaines sont en concurrence directe avec des pays européens.

Par exemple, sur les produis agricoles, nous sommes en concurrence avec l’Espagne. Nous ne savons pas quel accord commercial sera négocié entre le Royaume-Uni et le Maroc, mais il est possible que la coopération entre les deux parties soit plus favorable que ce qui existe par rapport à l’Espagne, cela ouvrirait un peu plus de perspectives d’exportation vers le Royaume-Uni.

Pour le moment, ce qui prédomine sur ce dossier, c’est une grande incertitude. Il faut donc s’attendre à tout scénario possible. ◆

 

 

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