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Mardi 18 Avril 2017 - Par financenews

Entretien : IFC a émis pour 5,64 milliards de dollars de green bonds à travers 63 obligations

 

L'institution s’est engagée à porter d’ici à 2020 la proportion de ses investissements climatiques à environ 28% du total de ses financements et de mobiliser au moins 13 milliards de dollars par an sous forme d’investissements privés au titre de projets climatiques. Le point avec Houda Zinoun, Investment Officer de IFC, membre du groupe de la Banque Mondiale.

 

Finances News Hebdo : Comment IFC accompagne-t-elle les opérateurs privés nationaux dans les actions climatiques et quels sont les critères auxquels ces derniers sont-ils amenés à répondre ?

 

Houda Zinoun : La Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, est la plus importante ins­titution multilatérale d’aide au développement du secteur privé dans les pays émergents. Elle favorise une croissance économique durable en finançant des investissements, en mobilisant des fonds sur les marchés de capitaux internationaux et en fournissant des services de conseil aux gouvernements et entreprises. En partenariat avec des inves­tisseurs privés, l'institution octroie des prêts et prend des participations dans le capital des entreprises. Elle appuie leur expansion économique et les aide à créer des emplois.

IFC joue un rôle de catalyseur en démontrant qu’il est profitable d’investir dans des mar­chés émergents et sur des secteurs d’avenir. Lutter contre les effets du réchauffement cli­matique fait partie intégrante de la stratégie de l’institution. Au Maroc, nous travaillons avec des acteurs de référence pour favoriser la production d’énergies propres, rationnali­ser la gestion des ressources et accélérer la transition énergétique des entreprises.

Pour pouvoir être considéré à recevoir un finance­ment d’IFC, tout projet doit remplir un certain nombre de critères de faisabilité technique, de pérennité financière et de retombées positives pour l’économie locale. L’opérateur privé et le projet doivent également répondre aux standards de bonne gouvernance, aux normes environnementales et sociales de l'institution, ainsi qu’à celles en place dans le pays d’accueil. Les produits de finance verte sont des produits financiers comme les autres. Leur champ d’application est simplement réduit au financement de projets qui auront un impact positif réel sur l’envi­ronnement.

 

F.N.H. : Quels sont les types d’investissements verts que vous pourriez financer au Maroc et jusqu’à hauteur de quel montant ?

 

H. Z. : IFC est un catalyseur de projets. A ce titre, son apport est de proposer des financements à long terme à des promoteurs de projets. Pour cela, elle dispose d’une large gamme d’instruments de financement (octroi de prêts pour le financement de l’efficacité énergétique et d’actifs éligibles verts, souscription à des émissions d’obligataires vertes, solutions d’atténuation de risque, prise de participations, etc.).

L’action ne se limite pas aux seuls financements : IFC fournit également des services de conseil et d’accompagnement technique aux intermédiaires financiers partenaires, aux entreprises et aux pouvoirs publics, pour les aider à évaluer les risques et à mettre en place les outils nécessaires à leur adaptation aux nouveaux contextes induits par les questions climatiques.

Dès 2005, elle s’engageait dans la voie de la «finance climatique». Depuis, et avec l’aide de partenaires et autres institutions financières, cette activité n’a cessé d’occuper une part de plus en plus importante de ses projets.

Elle bénéficie aujourd’hui de plusieurs retours d’expérience probants. Depuis 2005, IFC a investi plus de 15 milliards de dollars sous forme de financements à long terme en faveur de l’énergie renouvelable, l’efficacité énergétique, l’agriculture durable, les constructions vertes et pour l’adaptation du secteur privé aux changements climatiques. En plus de ses investissements en compte propre, IFC a également mobilisé 10 milliards de dollars d’autres investisseurs en faveur de la finance climatique.

Au Maroc, en 2009, l'institution lançait le premier partenariat public-privé dans le secteur de l’irrigation pour apporter aux agriculteurs de la région de Guerdane les ressources hydriques nécessaires au développement de la culture des agrumes. Au cours des cinq dernières années, la répartition des engagements d’IFC dans le secteur de l'énergie est passée d’une part majoritaire dans les énergies thermiques à plus de 70% dans les énergies renouvelables.

Ainsi, en 2014, nous avons pris une participation de 100 millions de dollars dans le capital de la société saoudienne ACWA Power pour soutenir ses investissements dans les énergies renouvelables de la région MENA. Dernier exemple en date, le 9 mars 2017, IFC a approuvé un projet d’investissement à hauteur de 100 millions d’euros dans des green bonds qui seraient émis par la BCP.

Enfin, l'institution s’est engagée à porter d’ici à 2020 la proportion de ses investissements climatiques à environ 28% du total de ses financements et de mobiliser au moins 13 milliards de dollars par an sous forme d’investissements privés au titre de projets liés au climat. En 2016, cette part était déjà de 22% dans le monde et elle atteignait plus de 40% au niveau de la région MENA.

 

F.N.H. : IFC est l’un des pionniers sur le marché des émissions vertes. Quelle appréciation faites-vous de l’évolu-tion de ce type d’émissions dans un pays en quête d’émergence comme le Maroc ?

 

H. Z. : Ces dernières années, le Maroc s’est inscrit dans une dynamique exemplaire en matière de lutte contre les effets du réchauffement climatique. La COP22 a permis d’assister à l’émergence de plusieurs actions climatiques d’envergure. Au vu des engagements nationaux, les besoins en financements climatiques n’ont jamais été aussi grands. Par conséquent, l’implication du secteur privé est très importante pour être à la hauteur des besoins de financement qu’induisent les objectifs de développement nationaux.

L’obligation verte est un outil pertinent, à la portée des opérateurs économiques, et aujourd’hui testé au Maroc pour drainer les capitaux privés vers le financement de l’infrastructure et de projets verts plus spécifiquement. La mobilisation du secteur privé et des investisseurs institutionnels locaux à travers ce mécanisme de financement par les marchés de capitaux sera garante du développement durable de la finance climatique au Maroc. Le programme de green bonds d’IFC contribue à développer les investissements privés dans les projets à faible intensité de carbone. 2016 a été un exercice record pour l'émission de green bonds par IFC : 23 obligations ont été émises, pour un montant de 1,38 milliard de dollars dans sept devises.

À ce jour, IFC a émis pour 5,64 milliards de dollars d’obligations vertes dans 11 devises à travers 63 obligations. Sa stratégie d'obligations vertes consiste à agir en tant qu’investisseur de référence dans les émissions d’obligation des entreprises et intermédiaires financiers. Membre du comité exécutif des green bonds principles, IFC aide également les émetteurs à structurer leur émission d'obligations vertes selon les normes internationales.

Ce faisant, IFC a l'ambition de permettre aux institutions financières partenaires, d'assister à leur tour leurs clients en matière d'émission d'obligations vertes. L’objectif est donc double : d’une part, soutenir le secteur privé en favorisant les investissements climatiques, et d’autre part, promouvoir un mécanisme pérenne d’investissements privés pour le financement de projets climatiques à travers un marché de capitaux efficient. ■

 

Propos recueillis par Soubha Es-siari

 

 

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