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CEDEAO : la monnaie unique n'est pas pour demain

CEDEAO : la monnaie unique n'est pas pour demain

 

De report en report (5 en une vingtaine d’années), le projet de monnaie unique pour la zone CEDEAO bute sur le manque de convergence économique entre Etats membres et sur la faiblesse des échanges commerciaux intracommunautaires. Le projet ne pourra être concrétisé avant 2027, dans le meilleur des cas.

 

 

L'idée d'une monnaie unique pour la zone CEDEAO n'est pas nouvelle. Dès 1975, soit au moment de la création de la zone, les pères fondateurs l’avaient inscrite parmi les objectifs poursuivis par les Etats membres. 42 ans après, cette monnaie unique nommée Eco, censée parachever l’intégration économique entre les 15 Etats membres de la communauté, n’a toujours pas vu le jour. Sa mise en œuvre, maintes fois annoncée, a toujours été reportée, au point que la presse ouest-africaine qualifie d’arlésienne ce rêve qui tarde tant à se concrétiser.

En 2013 pourtant, la Vision 2020 pour la CEDEAO a bien tenté d’accélérer les choses. Le quatrième pilier de ce «plan stratégique» commun aux 15 Etats membres de la CEDEAO, est entièrement consacré à l’intégration monétaire. Il stipule que la communauté envisage «à l’horizon 2020 de créer un marché unique unifié, ayant une monnaie commune, sous-tendu par un marché financier intégré et efficace, et un système de paiement». L’idée sous-jacente est qu’une fusion du Franc CFA (8 Etats membres de la zone) et des autres monnaies, en une monnaie régionale forte et convertible va renforcer l’intégration globale de l’économie régionale dans son ensemble.

Dans le contexte monétaire international actuel, une monnaie unique dans la CEDEAO offrirait aux pays d’Afrique de l’Ouest la possibilité de mutualiser leurs moyens monétaires afin de poursuivre leurs objectifs communs et individuels. En effet, les pays membres de la CEDEAO connaissent de graves problèmes monétaires d’origine externe, qu’aucun de ces pays n’est en mesure de résoudre tout seul, c'est ce qui motive le projet de monnaie unique. Toutefois, préviennent les concepteurs de la Vision 2020, une telle intégration doit être précédée par l'harmonisation des politiques macroéconomiques monétaires et fiscales nationales et la mise en place d'un système régional de règlementation et de supervision des activités bancaires et d'un système de paiement intégré.

 

L’inflation au Nigéria sera de 17,4% en 2017 !

 

Et c’est précisément là où le bat blesse. Le 16 août dernier, la mise en œuvre de la monnaie unique de la CEDEAO a une fois de plus été reportée (pour la cinquième fois précisément en une vingtaine d’années. Lors d’une visite à Abuja, le président de la commission de la CEDEAO, Marcel De Souza, est revenu sur le projet de création d’une monnaie unique, assurant que celui-ci n’est pas réalisable à l’horizon 2020, comme initialement planifié. «On ne peut plus aller à la monnaie unique en 2020», a-t-il sobrement annoncé. En cause : «L'analyse des critères de convergence et de stabilité montre que c'est un pari qui ne pourra pas être tenu, surtout dans la précipitation», a justifié De Souza.

Rappelons que le pacte de convergence et de solidarité impose aux Etats membres, du point de vue de la politique monétaire, d’atteindre des taux d’inflation et d'endettement extérieur ne dépassant pas respectivement 5% et 70% du PIB. Force est de constater que l’on en est encore loin. Prenons l’indicateur d’inflation. Les écarts enregistrés entre Etats membres sont encore très significatifs. D’après les données du FMI, le Nigéria, première puissance économique de la zone, affiche en 2016 un taux d’inflation de 15,7%, et une  prévision de 17,4% en 2017. Autre pays fortement inflationniste : le Ghana. L’inflation au sein de cet Etat anglophone a atteint 17,5% en 2016. A contrario, le taux d’inflation de la Côte d’Ivoire s’est limité en 2016 à 1% (1,5% en 2017). Difficile dans ce contexte d’envisager une monnaie unique.

De Souza a également mis en avant pour justifier ce report, la faiblesse des échanges commerciaux entre Etats membres. Il faut savoir que le Tarif extérieur commun (TEC), bien que lancé en 2015, n’a pour le moment été adopté que par 9 pays. C’est dire si du chemin reste à faire pour parachever l’intégration monétaire de la zone. De Souza parle d’une période de 7 à 10 ans pour y arriver. Le pari sera-t-il tenu ou reporté une énième fois ?

 

Crédibilité

 

Pour certains observateurs, ces reports successifs ne font pas très sérieux. Pour la Banque africaine de développement notamment, qui a publié un rapport intitulé «pourquoi et quand instaurer une monnaie unique dans la CEDEAO ?», un nouveau report de l’adoption de la monnaie unique «serait susceptible d’affecter la crédibilité de ce projet important». L’institution multilatérale africaine a, dans ce rapport, préconisé la manière forte : «les autorités doivent privilégier l’option du Big-Bang en 2020, à savoir que tous les pays membres de la CEDEAO adopteraient la monnaie unique à partir de 2020». En d’autres termes, au lieu d’attendre que les Etats se conforment aux critères de convergence avant de lancer la monnaie unique, il est préférable que tous les pays membres participent à la monnaie unique en 2020, et les pays qui ne respectent pas les critères de convergence «ex ante» les respecteront «ex-post» (après coup). Une option du Big Bang non retenue par les Chefs d’Etats, qui ont opté pour une intégration graduelle, qui interviendra, au mieux, d’ici 2027. Bref, vous l’aurez compris, ce n’est pas pour demain.

 

A.E

 

 

 

 

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