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Mercredi 06 Decembre 2017 - Par financenews

Miriem Bensalah-Chaqroun : femme d’affaires, dame de fer

 

Durant ses deux mandats à la tête de la CGEM, elle a incarné le charisme d’un leader, l’art de faire les bons compromis et, surtout, l’aptitude à composer avec des hommes politiques souvent versatiles. Cette femme d’influence, qui ne prend pas de gants pour tacler le gouvernement, finira sa mission en mai 2018. Un portefeuille ministériel en vue ?

 

 

 

Elle s’impose de plus en plus comme l’une des figures incontournables des milieux des affaires, tant au Maroc qu’en Afrique. Elle, c’est Miriem Bensalah-Chaqroun. Femme d’affaires multicasquette, elle dirige le patronat marocain depuis 2012, succédant ainsi à Mohamed Horani. Brisant une logique quasi établie, elle est ainsi la première femme à diriger la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), une structure qui revendique pourtant presque 70 ans d’existence.

Cette rupture s’inscrit certes dans l’air du temps, dans un Maroc où certains verrous liés au machisme tendent à sauter, mais sa nomination à la tête de la CGEM tient davantage aux compétences dont elle a fait montre durant tout son parcours professionnel.

Si actuellement elle est sous le feu des projecteurs parce qu’elle préside aux destinées de la CGEM, il est utile, par ailleurs, de rappeler qu’elle est d’abord une patronne d’entreprise, rompue aux rouages des affaires.

Administrateur Directeur général d’Oulmès (cotée à la Bourse de Casablanca), filiale de la holding familiale multimétier Holmarcom (finance, industrie et agro-industrie, services, négoce et distribution, immobilier) cette jeune dame…pétillante, qui a soufflé ses 55 bougies le 14 novembre courant, dirige en effet une entreprise qui brasse un chiffre d’affaires de 1,6 Md de DH (en 2016).

Diplômée de l’Ecole supérieure de commerce de Paris et titulaire d’un MBA en «International Management and Finance», celle qui a fait ses premiers pas dans le milieu bancaire, précisément à la Société marocaine de dépôt et de crédit (SMDC), s’est, depuis, construite une réputation de femmes d’affaires avisée.

C’est donc légitime qu’elle siège au Conseil d’administration de plusieurs entreprises et organismes réputés, dont notamment Bank Al-Maghrib, le Groupe Renault, Initiative for Global Development ou encore l’Université Al Akhawayn.

Ses nombreuses responsabilités, elle les assume en toute humilité. Cette humilité qui fait qu’on en arrive même à oublier qu’elle est Grand officier de l'ordre du Ouissam Al Moukafâa Al Wataniya (ordre du Mérite national) depuis 2013 ou encore Grand officier de l’ordre du Mérite civil d’Espagne (2017).

«C’est une femme très discrète et très simple, mise malgré elle au devant de la scène au travers de ses responsabilités, notamment à la CGEM», nous confie une proche, non sans préciser qu’«elle n’aime pas non plus les mondanités et préfère passer le peu de temps libre qu’elle a à sa famille».

Du temps libre, cette mère de famille de trois enfants, qui vient d’ailleurs de marier l’une de ses deux filles, en a en effet bien peu. Tant et si bien qu’elle s’adonne de moins en moins à ses passions favorites, comme le golf et l’équitation.

Saviez-vous aussi que Miriem Bensalah- Chaqroun est pilote d’avion en IFR (vol effectué selon les règles de vol aux instruments) et VFR (pilotage en vol à vue) ? Surtout, saviez-vous que cette motarde aguerrie, férue d’Harley-Davidson, est également un as du volant qui a remporté, en 1993, le célèbre rallye Trophée des gazelles ?

Dans sa garde-robe, le tailleur a donc pris plus de place au détriment de ses tenues de pilote. Car, entre sa vie de famille bien remplie et ses responsabilités professionnelles, elle consacre beaucoup moins de temps à ses passions. Néanmoins, elle s’autorise quand même quelques petites escapades. C’était notamment le cas dernièrement lors de la qualification des Lions de l’Atlas pour la phase finale de la Coupe du monde qui se jouera en Russie. Miriem Bensalah Chaqroun a pris sa voiture pour partager avec le peuple marocain cette joie et cette liesse collectives. «C’est incroyable de voir qu’il n’en faut pas beaucoup pour rendre heureux les Marocains, leur donner ce soupçon de bonheur pour agrémenter leur quotidien parfois difficile», confie-t-elle.

 

Ne vous fiez pas aux apparences !

 

Ne vous laissez pas tromper par sa mine affable. Elle est une femme au caractère bien trempé. Après 5 ans à la tête de la CGEM, tous ceux qui appréciaient, en silence, avec réserve sa nomination, ont pu se rendre compte qu’elle n’était pas là pour amuser la galerie, encore moins pour servir de décor dans un patronat très masculin. Non, elle donne de la voix et va au charbon s’il le faut.

Non, ce n’est pas un lustre (sic !). L’ancien chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, qui avait très maladroitement utilisé ce terme pour qualifier les femmes, en sait quelque chose. Quand bien même elle est ouverte au dialogue, elle ne mâche pas ses mots.

Miriem Bensalah-Chaqroun est ainsi montée au créneau pour dénoncer la mesure visant l’imposition des cadres salariés, au nom de la participation de tous à l’effort de solidarité nationale. Elle a aussi marqué les esprits lorsqu’elle a décidé de boycotter les rencontres économiques prévues en marge de la visite officielle au Maroc du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, début juin 2013. Le patronat n’avait alors pas du tout apprécié de ne pas avoir été associé ni consulté dans les préparatifs relatifs à cette visite.

Mieux encore, elle n’a pas hésité, à plusieurs reprises, tout en prenant le soin d’égrener les faiblesses du tissu économique, de critiquer ouvertement le bilan économique du gouvernement Benkirane, dont les Lois de Finances obéissaient davantage à «une logique de ressources» qu’à la nécessité de «favoriser la croissance et de renforcer la compétitivité des entreprises marocaines».

Même pas peur des confrontations. C’est peut-être cela sa force. C’est peut-être cela, aussi, la clé de sa réussite à la CGEM où maints dossiers, considérés avec  une certaine légèreté par les précédents gouvernements, ont pu enregistrer des avancées notables. Et ce, grâce à une idée simple : une plateforme CGEM-gouvernement, avec cinq groupes de travail (climat des affaires, compétitivité, commerce extérieur, PME, social et formation), qui a permis la réforme de la loi sur les délais de paiement, la simplification des procédures administratives, la mise en place de l’ICE (Identifiant commun de l’entreprise), la plateforme «e-régulations», l’ambitieux projet «Port-net», l'exonération des charges sociales pour la création de nouveaux emplois, la poursuite de la réforme de la TVA ou encore plus récemment l’IS progressif…

Si elle a réussi des coups de force, elle a tout autant essuyé des revers, comme lorsque Benkirane avait pris la décision politique unilatérale de hausser le SMIG de 10%, en deux temps (juillet 2014, puis juillet 2015).

Ou encore lorsque le ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, Moulay Hafid Elalamy, a descendu publiquement, le 2 avril 2014, l’étude sur les leviers de compétitivité dévoilée quelques jours plus tôt par la CGEM, qualifiant les mesures qui y étaient préconisées ni plus ni moins de «liste d’épicerie».

Malgré cela, Miriem Bensalah-Chaqroun ne se laisse pas déstabiliser, résolue à incarner valablement son rôle de porte-voix officiel de ces milliers d’entreprises, petites, moyennes et grandes, aux intérêts très souvent assez divergents. Cela, en privilégiant le dialogue et la concertation d’abord, comme c’est le cas avec l’actuel chef de gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, et en durcissant ensuite le ton, s’il le faut. Autrement dit, manier le bâton et la carotte. A cet exercice, elle est maintenant aguerrie. Et il faut l’être quand on est patronne des patrons. Une fonction qui exige le charisme d’un leader, l’art de faire les bons compromis et, surtout, l’aptitude à composer avec des hommes politiques souvent versatiles. ■

 

 Et l’après Bensalah ?

 

Miriem Bensalah- Chaqroun, qui aura marqué son mandat par sa capacité à négocier avec le gouvernement et d’influer sur ses choix économiques, terminera sa mission à la tête de la CGEM en mai prochain. La dame de fer, que l’on dit assez proche du Palais et qui a été de presque toutes les tournées royales, passera donc le témoin à son successeur. Mais restera toujours dans les affaires en tant que boss de la société Oulmès.

Ses ambitions ? Elle est trop pudique pour en parler. Peut-être sera-t-elle appelée à jouer un rôle autrement plus important au sein du Maroc moderne. Comme l’ancien patron des patrons et actuel ministre, Moulay Hafid Elalamy.

Avec le recul, c’est ce genre de compétences, loin des arcanes de la politique politicienne, dont le Royaume a besoin pour relever les défis économiques auxquels il est confronté. Des compétences qui se nourrissent de l’expression plurielle des opinions et du choc des idées. Mais pas des béni-oui-oui qui se soucient davantage de garder leur fauteuil ministériel que de ce qu’ils peuvent apporter à la collectivité.

Si tant est qu’on lui tend la perche, fera-t-elle le grand saut ? Ses frères et sœurs, avec lesquels elle est unie dans le respect, seront certainement de bons conseils au moment de faire ce choix. ■

 

 

 

D. William

 

 

 

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